111. Un amour de fée ( 22/...) : Chapitre 25

Publié le par marypistache

 

 Chapitre 25 : Le secret d’Anauel

 
Sur le chemin du retour, il ne cessait de penser à ces derniers mois. Il répondait machinalement aux signes de tête qu’on lui adressait à son passage. Il savait que le face à face allait bientôt commencer. Il lui faudrait alors être le plus astucieux, le plus intelligent des deux. Parviendrait-il à l’être alors que son âme était troublée… Elle était à la fois sa force et sa plus grande faiblesse. Il voyait déjà poindre au coin de la rue, sa petite maison, celle où il avait grandi et vécu la plus grande partie de sa vie de jeune homme. Mais depuis qu’il était devenu le précepteur d’Hanaelle, le palais était devenu en quelque sorte sa demeure principale. Hanaelle…petite rouquine au cœur tendre et à la volonté d’acier, n’ayant rien à envier au plus courageux des hommes. Elle avait si bien appris à le connaître qu’elle arrivait à sentir ses imperceptibles changement d’humeur ou de physionomie que d'autres ne percevaient même pas. Est-ce dû à ce lien qui s’était tissé entre eux, il y a quelques années auparavant. Le petit Oran, ou plutôt devrait-il dire Oran, c’était un jeune homme à présent, le connaissait également fort bien. Il savait qu’entre eux deux, il n’arriverait pas à cacher bien longtemps ses sentiments, qui, il en était sûr, étaient déjà connus d’eux. Il savait bien que le plus simple serait de les dévoiler au grand jour mais ce serait mettre en péril la mission. Avouer ses sentiments reviendrait à vouer la mission à l’échec. Il fallait qu’il soit fort, plus fort que Manfred. Il devait jouer le jeu, ne pas se démasquer, ne pas dévoiler ses intentions. Mais, Manfred était-il réellement son pire ennemi ou un adversaire, plus puissant, tapi dans l’ombre guettait-il une erreur de sa part ? C’était dans cet état d’esprit qu’il entra dans la maison. Les jeunes gens n’avaient pas attendu longtemps avant d’en prendre possession. Un petit nettoyage s’était avéré plus que nécessaire, surtout s’ils devaient y demeurer quelques temps. Il n’avait pas eu le courage de lutter et puis, cela faisait un petit moment que le ménage n’avait pas été fait vu les fréquents aller-retour de ces dernières semaines. Il eut juste le temps de prendre une plume et du papier avant d’être jeté hors de la maison par Hanaelle. Il alla s’asseoir sur le perron et son regard tomba sur son jardin, qui était quelque peu à l’abandon, mais dont la vue réussissait à chaque fois à l’apaiser. Il l’avait aménagé selon les conseils avisés de Maryella. Elle lui avait toujours dit que pour calmer ses craintes et pour méditer, il n’y avait rien de mieux que le jardinage. Il avait découvert avec elle, le plaisir de s’occuper des plantes, de mettre en terre, les angoisses devant les premiers gels, la fureur des éléments… En un coup de baguette, il aurait pu lui rendre son aspect d’origine, mais c’était perdre la satisfaction du travail accompli. Il tenait toujours entre ses mains, la liasse de feuille et la plume qu’il avait pu sauver avant d’être expulsé de chez lui. « Une vraie tornade rousse », pensa-t-il et il sourit. Son esprit revint à des idées plus pragmatiques. Il devait faire parvenir au Roi en présence, l’annonce de l’arrivée du fils de l’Ambassadeur et de sa cousine. Il décida d’envoyer sur le champ une missive lui faisant part de son arrivée ainsi que de celle d’Oran, qui, étant comme un membre de sa famille, avait émis le souhait de rester un peu en sa compagnie. Il prévint aussi de la venue de sa cousine originaire du Pays de Galles. Il était sûr que le Roi en était déjà informé et qu’il les inviterait tous à séjourner au palais, comme il était de coutume quand de nouveaux venus d’un certain rang étaient de passage dans le Royaume. Le message envoyé, il se risqua à entrer. Personne dans le hall et personne dans le salon, mais est-ce vraiment son salon ? Plus de pile de livres ou de magazines, plus de lettres, d'enveloppes abandonnées sur la table basse. Le plaid qu’il jetait négligemment sur le fauteuil avaient retrouvé sa place, les coussins éparpillés à même le sol, à nouveau sur la canapé , assuraient un confort douillet… Etait-il encore chez lui ? A l’évidence, non. Une touche féminine avaient irrémédiablement laissé sa trace... Des bruits lui parvenaient de la cuisine. Il renonça à y aller. L’accès, il en était sûr, devait lui était interdit. Il devait renoncer au café. Il décida donc d’aller prendre une douche. Persuadé d’être seul, les trois fées du logis étant accaparés par leur mission de nettoyage dans la cuisine, il se dit qu’il était tranquille pour un petit moment. En se rendant vers sa chambre, il commença comme à son habitude à déboutonner sa chemise. Arrivé, près de son lit, il la jeta sur le sol machinalement et s’assit, songeur. Sa chambre avait été épargné par la tornade rousse. C’était encore sa chambre, enfin pour l’instant. Des vêtements épars dans toute la pièce, le lit défait, une valise ouverte sur le vieux fauteuil de son père, sa malle au pied du lit… Il n’avait pas aperçu Mariana, qui ayant malencontreusement fait tomber l’alliance de son grand-père sous le lit, le seul bijou qu’elle aimait porter, était à moitié fourrée sous le lit. Elle ne l’avait pas entendu entrer. Elle l’avait enfin retrouvée et remise à son doigt. Elle se releva sans bruit et le vit de dos, assis sur le lit, le tête entre ses mains. Son dos était voûté, il semblait épuisé. Elle n’osa pas le déranger mais ne savait pas comment faire pour sortir sans qu’il la remarque. Son regard avait été attiré par cet étrange tatouage qu’il avait en plein milieu du dos, entre ses ailes. Il semblait représenter une lune. Une lune noire dont seul un croissant était lumineux. Le croissant de lune semblait bercer un enfant endormi dont les ailes apparaissaient sur le côté… L’enfant, dont le visage était à moitié éclairé, semblaient pleurer. Une phrase dans une langue qu’il lui était inconnu achevait ce magnifique tatouage pourtant empreint de tristesse. Elle se rappela qu’elle était un fée et que cette langue devait lui être familière, sous cette forme. La phrase disait ceci :
 

« Des larmes viendront le miracle qui te sauvera de la malédiction héritée de tes ancêtres, de ta haine renaîtra leur pouvoir. »

 
Quelle malédiction pesait sur Anauel ? N’était-il pas issu d’une famille de fées ? Pourquoi avait-il ce message tatoué sur son corps ? Une foule de questions lui traversaient l’esprit. Anauel se leva, elle se jeta par terre pour qu’il ne l’aperçoive pas. Il sortit de la chambre et prit direction de la salle de bain. Quand elle entendit couler l’eau, elle sortit à son tour de la pièce.
Cette phrase ne cessait d’hanter ses pensées quand Hanaelle lui sauta dessus.
-         Où étais-tu ?
-         Dans la chambre, je faisais un peu de rangement, répliqua-t-elle en essayant de masquer son trouble.
-         Où est passé Anauel. Depuis que je l’ai mis à la porte, il est introuvable.
-         Je crois qu’il est allé prendre une douche. Je l’ai vu passer... Il a un tatouage dans le dos, n’est-ce pas ? enchaîna-t-elle.
-         Comme nous tous ! Tu en as un aussi, dit Hanaelle avec un clin d’œil
-         Comment ça ? s’étrangla Mariana.
Elle avait un tatouage, première nouvelle. Il faudrait qu’elle en ait le cœur net mais un peu plus tard. D’autres pensées occupaient son esprit.
-         Chaque être féerique porte en lui son histoire, poursuivit-elle sur un ton mystérieux.
Mariana était de plus en plus perplexe… Quelle histoire cachait donc le passé d’Anauel et de ses ancêtres?
-         C’est une sorte de tatouage qui se révèlent le jour de nos dix-huit ans, qui résume notre passé, notre présent et notre avenir, poursuivit Hanaelle.
Soulevant son haut, elle ajouta :
-          Le mien commence à apparaître.
Dans son dos, apparaissait en effet l’ébauche d’une étoile encerclée par un anneau… C’était le même que celui qu’elle portait au cou… C’était l’Anneau Sacré !
-         Je ne sais pas ce qui m’attends… Mais cet anneau est étroitement lié à mon passé, à mon présent et à mon avenir, dit-elle sur un ton sombre.
Mariana l’avait rarement vue aussi sérieuse. Ce n’était plus la jeune adolescente fougueuse de tout à l’heure, elle avait devant elle, une jeune femme réfléchie et anxieuse dont l’avenir semblait bel et bien menacé. Reprenant ses esprits, elle poursuivit sur un ton plein de malice :
-         Comment as-tu pu voir son tatouage ? J’ai tout essayer pour le voir, mais il l’a toujours caché.
Mariana était contrariée. Elle ne pouvait pas dire qu’elle l’avait aperçu par hasard sans qu’il s’en rende compte, alors qu’il se déshabillait. Elle garda la même version que tout à l’heure.
-         Je l’ai vu sortir de sa chambre torse nu, une serviette sur l’épaule… Il a dû penser qu’on était tous dans la cuisine et qu’il était seul.
Semblant satisfaite de la réponse, elle ne répliqua rien. Elle fit une moue, puis redevenue curieuse demanda :
-         L’as-tu bien vu ?
Elle n’aimait pas mentir mais dans certaines situations…
-         Non, il était trop loin… répondit-elle du tac au tac
-         Tu es sûre ? insista Hanaelle.
Si elle voulait avoir la paix, il fallait satisfaire sa curiosité.
-         J’ai cru voir une lune. Une lune noire avec un croissant blanc.
Elle ne devait pas en dire plus.
-         Une lune noire avec un croissant blanc, répéta-t-elle, songeuse.
Se souvenant de ce qu’elle était venue lui dire, elle ajouta :
-         Il n’y a pas grand chose à manger. Arriveras-tu à faire un miracle avec presque rien ?
-         Avec une fée comme aide cuisinière, j’en suis sûre, répondit-elle en souriant.

Miracle…Le mot avait résonné en elle comme un écho : « Des larmes viendront le miracle qui te sauvera de la malédiction héritée de tes ancêtres, de ta haine renaîtra leur pouvoir. » Mais que pouvait donc bien signifier cette phrase ? …

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wira 15/02/2006 15:12

hello ...les Fées
Puis-je savoir de qui est le texte ?

marypistache 15/02/2006 18:28

Ben, j'ai mis l'auteur à la fin du texte et dans le titre de l'article!  C'est le grand Perrault, bien sûr! Tiens, tu me fais penser que je dois changer quelque chose dans la présentation!

honorius 14/02/2006 19:13

c'est bien écrit... quel est le secret de ce tatouage, que veut dire la mystérieuse phrase.. des larmes... ? j'attend la suite ! Pour le vieux sorcier Honorius, c'est Ok tu peux servir le personnage.. je suis curieux de lire cela... Gros bisous

marypistache 14/02/2006 20:56

Merci , vieux sorcier...  pour ta rapidité ! Rires! Honorius, le vieux sorcier, aura une place décisive dans la suite des évènements... Je ne t'en dis pas plus.