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Belles Images

Dimanche 30 juillet 2006

La Prêtresse et l’Elfe noir

 

Il avait décidé de ne pas retarder son départ. L’enjeu était trop important. Il devait rejoindre au plus vite la Terre des Fées. C’était ce que lui avait demandé la Déesse. La Grande prêtresse, en personne, était venue lui annoncer que le temps était arrivé, mais elle n’avait pas précisé ou peut être tout simplement omis qu’il devrait emmener avec lui une prêtresse. Il n’en avait été nullement question. Il comptait partir seul et au plus tôt. Pendant toutes ces années, le temps lui avait paru une éternité et maintenant, il lui semblait trop court, beaucoup trop court, non qu’il ne soit pas prêt à livrer bataille, il s’y était préparé depuis qu’il avait appris le prochain retour d’Askan mais c’était qu’il y avait encore fort à faire, le plus vital étant le rassemblement de toute son armée qui rallierait dès qu’il en donnerait l’ordre la Terre des Fées. Il serait et il le savait, la Déesse ne l’avait-elle pas choisi, un élément non négligeable dans la bataille pour ne pas dire la guerre qui allait bientôt s’engager. Toute sa vie, il l’avait passée à combattre sous les ordres d’homme sans scrupules, avides de pouvoir. Il avait découvert qu’il existait un autre monde où il n’était plus obligé d’obéir et où il avait la possibilité d’être libre. Il avait le droit comme tout être au bonheur et à la paix. Les elfes noirs avaient été créés pour n’être que de vulgaires esclaves, des mercenaires assoiffés de sang et de haine. Serviteurs fidèles et dévoués, ils n’avaient jamais remis en doute leur mode de vie. Ils accomplissaient ceux pour quoi ils étaient nés. Eliocos avait été l’un des premiers à découvrir qu’ils avaient le choix, qu’une autre vie s’offrait à eux pour peu qu’ils osent la saisir. Il avait été choisi pour libérer son peuple. Pourquoi lui ? Il n’en savait rien, le destin est parfois impénétrable. La Déesse Artésia l’avait choisi. Elle avait, en réalité, entendu les prières de la mère d’Eliocos, une elfe de airs qui avait été enlevée et séquestrée comme tant d’autres afin de donner naissance à une nouvelle race d’elfe : les elfes noirs. Elle savait quel sort funeste lui était réservé tout comme elle avait compris ce qu’il allait advenir de son fils. Elle pria la Déesse de protéger son enfant et d’en faire le Libérateur de son peuple quand le moment viendrait. Elle avait une confiance aveugle en la Déesse qui ne put rester insensible à ses suppliques et accepta de veiller sur l’enfant. Artésia était une toute jeune déesse en ce temps-là et n’avait aucun pourvoir sur les agissements du Mage noir bien qu’elle les récusait. Elle avait juré sa perte après qu’il se soit mis à faire souffrir ses fidèles, ses enfants et savait qu’un jour, elle pourrait le contrer, il le paierait, quitte à ce qu’elle doive se sacrifier... Elle avait, depuis sa naissance, veiller sur lui et attendu l’heure de lui révéler la destinée qui allait être la sienne. Il avait certes une lourde responsabilité sur les épaules mais s’il tenait un tant soit peu de sa mère, il saurait faire face. Même en affrontant sa propre  mort, elle ne montra aucun signe de faiblesse sachant que son fils était en sûreté et que la Déesse le protégerait jusqu’à ce qu’il accomplisse son devoir et il l’avait fait. Il avait lutté contre Askan et cru en être délivré à l’annonce de sa mort. Répit de courte durée quand il apprit qu’il n’en était rien. Il était prêt à se battre à nouveau pour l’éliminer à tout jamais. La clameur des combats, les bains de sang qui ne pourraient être évités lors des affrontement étaient bien loin de ce silence apaisant, de ces petits bruits qu’ils avaient appris à apprécier. Il savourait tout en marchant ce silence réparateur qui lui permettrait à lui et aux siens de trouver la force nécessaire pour combattre. Et il devait ce bonheur à la Déesse et à la Grande Prêtresse qui lui avait ouvert la voie. Il sentait sa présence rassurante à ses côtés à l’improviste parfois quand le doute s’instaurait, parfois quand il se sentait tout bonnement heureux. Elle partageait ses joies et ses peines. Il avait ressenti une impression similaire quand elle était apparue, une aura apaisante se dégageait d’elle alors qu’elle était perdue dans une forêt inconnue ou peu d’âme ose s’aventurer et à bout de force. Cette jeune fille était peut être envoyée par la Déesse pour l’aider. C’était peut-être aussi une façon pour la Déesse d’être à ses côtés et de veiller sur lui. Les dernières paroles plus que troublantes de la jeune fille lui revinrent en mémoire : «  Je suis …. Artésia ».Etait-ce le fruit de son imagination ou simplement dû à l’épuisement de la jeune femme qui ne put prononcer que ces mots ? C’était sans nul doute une phrase entrecoupée dont il manquait une partie. Même s’il lui sembla trouver des similitudes entre ces deux femmes aussi différentes que belles, car il ne pouvait nier que le charme angélique de la jeune prêtresse et son caractère qui paraissait bien trempé ne l’avaient pas laissé indifférent. La déesse était une femme épanouie, belle à en mourir. Il ne put s’empêcher de dresser mentalement la liste de leurs ressemblances. Elles avaient cette même blondeur et ces même yeux bleus et cela s’arrêtait là car leur regard était totalement distincts. Se ressemblant beaucoup, elle n’en était pas moins différente. La jeune prêtresse ne ressemblait finalement en rien à la Déesse. Tout en méditant, il avançait d’un pas rapide avec sa passagère sur le dos qui ne pesait finalement pratiquement, aussi légère qu’un… ange, se dit-il. Cette comparaison l’étonna fort mais elle le fit sourire. Elle en avait l’air en tout cas. S’il devait la comparer à une fleur : ce serait une jeune rose aux teintes pâles fraîchement éclose dont le cœur rosirait timidement alors que la Déesse serait plutôt une rose épanouie à la douceur velours dont les teintes sombres charmeraient le cœur tandis que le parfum suave embaumerait l’air du soir. La nuit allait tomber et il marchait depuis des heures. Il savait qu’elle serait fraîche et qu’il ne trouverait pas d’abri pour se protéger dans les parages. Il devait faire un feu et trouver un endroit pour passer la nuit. Il avança encore de quelques mètres et trouva un endroit paisible, peu encombré, suffisant pour contenir deux personnes. Il n’avait pas besoin de se reposer beaucoup, il dormait très peu, quelques heures lui suffisaient. C’était surtout pour la jeune fille qu’il portait qu’il s’inquiétait. Elle devait reprendre des forces car la route serait longue et semée d’embûches. Ayant décidé qu’il passerait là, la nuit. Il la déposa délicatement sur le sol contre un arbre et la recouvrit de son manteau. Puis, après avoir mis son sac à l’abri dans le creux d’un tronc. Il s’en alla ramasser du bois pour faire un feu. Peu après son départ, Elfinae se réveilla. Encore harassée de fatigue, elle ne reconnut pas toute suite l’endroit. Elle n’était pas dans sa chambre au Temple mais en plein milieu d’une forêt qu’elle ne connaissait pas. A cet instant précis, elle se sentit seule et vulnérable. Même si elle était encore affaiblie par l’effort qu’elle avait dû faire pour trouver Eliocos, elle essaya de se lever mais présumant de ses forces, retomba quasi-instantanément sur le sol. Elle scruta les alentours et ne voyant personne, elle ne savait si elle devait désespérer ou plutôt entrer dans une colère noire. La question ne se posa pas quand elle sentit qu’elle bouillait intérieurement. Il avait osé l’abandonner. Il ne l’avait pas attendue. Il faisait presque nuit et il l’avait laissé seule en pleine forêt avec pour seule protection son manteau. Quelle gentille attention ! Elle fulminait littéralement. Combien de temps avait-il pu s’écouler depuis qu’il était parti ? Seulement une heure ou quelques heures ? Elle avait totalement perdu la notion du temps. La colère lui redonnant des forces, elle arriva à se lever. Ne pouvant contenir plus longtemps sa colère, elle parlait maintenant à voix haute :

-         Il a osé m’abandonner. Il n’a même pas jugé utile de m’attendre, de voir si j’allais bien. Mais non, il devait partir de suite sans se soucier de ce qui arrive autour de lui. J’aurais été plus un poids qu’une aide. Pourquoi la Déesse m’a-t-elle confiée cette mission ? Pourquoi moi ? Je n’ai même pas été capable de…

Elle s’était tue. Les mots ne voulaient plus sortir. Elle avait comme une boule dans l’estomac qui l’empêchait de continuer. Sa colère s’était muée en désespoir. Elle avait trahie la confiance de la Déesse et devrait retourner au Temple sans avoir accompli sa mission. Elle faisait une bien piètre prêtresse. Prenant appui sur un arbre, elle se tenait toujours debout, encore trop faible pour se soutenir seule.

-         C’est vrai que vous n’êtes pas légère, dit une voix masculine aux accents graves et profonds.

Elle fit volte-face. Elle ne l’avait pas entendu s’avancer. Mais, c’était bien lui : son visage tatoué, sa longue chevelure nattée, sa silhouette massive. Elle ne savait que répondre. Elle sentait ses joues en feu. Dans la demi-pénombre de la nuit tombante, elle se dit qu’il ne verrait pas son trouble. Qu’avait-il entendu au juste? De toute façon qu’importait, elle s’était trompée sur toute la ligne et devait lui présenter des excuses. Prenant une profonde inspiration, elle prononça d’une voix contrite :

-         Veuillez, je vous prie, me pardonner mes propos. Je me suis laissée emporter.

 Elle avait baissé la tête et regardé obstinément ses pieds, attendant une réponse. Il la regardait amusé. La jeune fille emballée de tout à l’heure qui enrageait avait cédé sa place à une petite fille sans défense qui attendait d’être grondée parce qu’elle savait qu’elle avait fait une bêtise.

-         Ce n’est rien. Venez plutôt vous asseoir.

Il lui avait indiqué un petit rocher où elle pourrait trouver un siège confortable auprès d’un feu qu’il était en train d’allumer.

-         Mes propos ont dépassé ma pensée. Enfin…

-         Je vous ai dit qu’il n’y avait pas de mal. Il lui tapota gentiment la main.

Le feu prit enfin malgré l’humidité environnante. Il la respectait non pas parce que c’était une prêtresse, bien qu’il éprouvait pour elles une déférence sans borne , mais parce que c’était avant tout une femme qui avait su faire montre de beaucoup de courage et de détermination.

-         Ne vous inquiétez pas. Votre colère était compréhensible tout comme votre désarroi.

Elle rougit. Il avait dû assister à toute la scène. Elle eut tout à coup honte de son comportement. Il avait préféré la laisser se reprendre avant de revenir et il avait même essayé de la faire rire. Confuse, elle ne savait plus quoi dire. Il décida de la sortir de l’embarras.

-         Pendant que je vous ai laissé seule, quelques heures, je suis allée chercher du bois sec pour allumer un feu et j’ai également trouvé quelques vivres. Je n’ai trouvé aucune grotte pour nous abriter. Nous devrons dormir à le belle étoile, ce qui j’espère ne vous gênera pas.

-         Nullement, répondit-elle vivement.  Je ne suis pas difficile et je ne veux pas être une gêne pour vous, ajouta-t-elle d’une petite voix.

 Il s’était levé pour récupérer dans un tronc d’arbre le sac qu’il y avait caché. Elle ne l’avait pas aperçu plus tôt. Il avait dû le porter en plus d’elle. Elle rougit de plus belle quand il lui tendit de quoi se restaurer : quelques fruits, du pain et du fromage. Il en prit aussi pour lui mais une portion légèrement plus petite. Elle s’en rendit compte et protesta mais il lui répliqua qu’elle ne lui saurait d’aucune utilité malade ou épuisée. Elle accepta donc rien ajouter.

Avec tout ce qui s’est passé, elle avait presque oublié les rituels du soir en l’honneur de la déesse. Elle déposa sur le rocher les vivres et se leva. Elle se mit face au nord et commença ses dévotions.

Il s’arrêta de manger pour la regarder. C’était la première fois qu’il avait l’occasion de voir une prêtresse en prière. Une douce mélopée s’envolait de ses lèvres tandis que ses mains formaient des arabesques majestueuses. Les flammes donnaient une couleur dorée à sa chevelure. Elle dansait avec grâce un ballet dont les pas étaient connus des seules prêtresses. Les flammes semblaient suivre ses pas. C’était une des plus belles choses au monde qu’il avait eu l’occasion de voir. Il était subjugué par l’expression qu’arborait son visage. Elle rayonnait. Tout son être participait à la prière. Ce moment de grâce prit fin plutôt qu’il ne l’aurait souhaité et il eut du mal à détacher ses yeux d’elle, mais en fut bien obligé car il ne voulait pas l’embarrasser. Elle souriait toujours et reprit sans un mot place à ses cotés. Il lui tendit son repas et elle l’en remercia d’un regard. C’était à son tour de ne plus savoir quoi dire. Ce fut elle qui brisa le silence.

-         Je n’ai pas l’habitude de le faire devant quelqu’un.

Elle avait préféré ce terme neutre à celui d’homme. Elle n’avait jamais dansé devant un homme et n’avait jamais eu de contact avec eux à part quelques vieux prêtres qu’elles considéraient comme des pères.

Elle se demandait maintenant tout en grignotant si elle avait le droit d’accomplir ce rituel sacré ailleurs que dans le Temple et de surcroît en compagnie masculine. La seule chose dont elle était certaine c’était qu’elle se devait d’honorer la Déesse et cela quel que soit le lieu ou l’endroit et c’est ce qu’elle avait fait et continuerait à faire. C’était là son devoir. N’était-elle pas née pour servir Artésia ?

-         Vous étiez magnifique, osa-t-il, la voyant pensive.

Cette phrase, plus que sincère, était pourtant à ses yeux bien loin de la réalité et de ce qu’elle avait su lui faire éprouver. Il s’était senti emporté dans un monde empli de mystère et de magie dont il savait l’existence mais dont il n’en avait jusqu’alors pas goûter la saveur. Il avait appris à vénérer la Déesse de ce peuple qui avait su les délivrer d’Askan. Il leur avait offert la liberté dans toute sa splendeur. Il avait découvert ce peuple voué au culte de la sagesse et de la nature et un autre monde bien loin des préoccupations guerrières et des batailles sanguinaires.

-         Merci, répondit-elle humblement, un timide sourire sur les lèvres. J’espère simplement  avoir rendu grâce à la Déesse comme il se doit.

-         Ne vous en faîtes pas, la rassura-t-il. Je suis sûre qu’elle s’en sentirait  honorée.

Elle avait su charmer ses sens et il en serait de même pour la Déesse, ravie d’être servie par une telle prêtresse. Et il ne croyait pas si bien dire car cette dernière, cachée dans les branchages, avait assisté à la scène et affichait  un sourire énigmatique. Tout se passe à merveille, pensa-t-elle et elle disparut dans un léger bruissement de feuilles. Et tout à la joie de partager ce frugal repas autour d’un bon feu, ils apprécièrent en silence cette compagnie inattendue et agréable qu’ils offraient l’un à l’autre.

par marypistache publié dans : Ma première histoire : Un amour de fée
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Vendredi 26 mai 2006

 

Chapitre 33: La Prêtresse Elfinaë

Que faisait-elle à l’aube dans la forêt maudite? ne cessait-elle de se demander tandis qu’elle se frayait tant bien que mal un chemin à travers cette forêt silencieuse où même les premiers rayons du soleil avaient du mal à percer. Enveloppée de brume, elle sentait l’air humide la transpercer de toutes parts, ses habits n’étant que de bien piètres remparts contre le froid engourdissant. Avec le vain espoir de se réchauffer un peu, elle soufflait de temps en temps dans le creux de ses mains, qui restaient désespérément glacées. Elle resserra contre son corps svelte l’étoffe qui lui servait de manteau, geste inutile, qui lui procura néanmoins une sensation de chaleur. La jeune femme avançait péniblement dans cette dense forêt que les pieds de l’homme n’osaient fouler. Cela faisait des heures qu’elle marchait et elle sentait ses forces peu à peu l’abandonner. Le découragement la gagnait mais elle ne baisserait pas les bras. La Grande Prêtresse lui avait confié une mission et elle se devait de l’accomplir. Il avait été choisi par la Déesse et elle, prêtresse d’Artésia, devait veiller sur lui, l’Elu. Sa conversation avec la Grande Prêtresse lui revint en mémoire…

Elle était assise sur un banc et contemplait avec délectation le paysage qui s’offrait à elle, ces montagnes, ces plaines, l’océan au loin… Une telle sérénité se dégageait de ce lieu qu’il imprégnait quiconque venait s’y recueillir. Elle était tellement captivée par ce qu’elle voyait qu’elle n’avait ni vu ni entendu la Grande Prêtresse arriver et prendre place à ses côtés. Le profil délicat de la jeune fille se découpait dans la lumière tombante du crépuscule. La Grande Prêtresse regarda avec tendresse cette jeune fille d’à peine dix-sept qu’elle avait élevée et aimée comme sa fille et qui aujourd’hui allait devoir accomplir ce pour quoi elle était venue sur terre. Elles restèrent ainsi un long moment avant que le Grande Prêtresse ne daigne prendre la parole :

-         Elfinaë, le jour est arrivée de te dévoiler une partie de ton histoire, dit-elle de sa voix grave où perçait toujours quand elle parlait à sa petite protégée une once de tendresse qu’elle ne parvenait pas à retenir.

-         A venir et passée,  murmura Elfinaë pensive, toujours absorbée par le panorama.

Elle savait que les Grandes Prêtresses avait un don de seconde vue.

-         Oui, Elfinaë, avenir et passé, reprit la Grande Prêtresse. Mais, toi seule, trouveras la réponse à tes questions…

La Grande Prêtresse marqua un silence. Elfinaë soupira, elle en avait tant.

-          Toi seule, trouveras la voie qui te mènera à ta destinée… finit-elle par ajouter.

Elfinaë sourit. Sa destinée, elle était déjà toute tracée depuis le jour de sa naissance.

-         Tu as été choisie par la Déesse Artésia… furent les dernières paroles qu’elle entendit  alors que son esprit se perdait en conjectures diverses.

Oui, elle le savait. On lui avait tant de fois raconté cette histoire. Nourrisson, elle avait été retrouvée dans le temple d’Artésia, délicatement emmaillotée dans les bras de la déesse. Comment était-elle arrivée là ? Personne ne pouvait le dire. Mais, les prêtresses y avait vu là un signe et l’avait éduquée dans l’amour de la déesse. Depuis sa plus tendre enfance, elle avait appris à respecter et à vénérer les Dieux, particulièrement la Déesse Artésia, pour qui elle avait très tôt éprouvé une vive attirance. Mais, la personne à laquelle elle tenait le plus au monde était la Grande Prêtresse, qui sous des dessous austères cachait une montagne de tendresse et d’amour. Elfinaë l’avait choisie pour mère. Elle l’avait même réclamé même à corps et à cris, cette femme pourtant austère pour qui l’enfant éprouvait déjà un vif attachement.  Elfinaë, même enfant,  avait senti que cette femme l’aimait bien plus qu’elle ne voulait le laisser transparaître. C’était pour cette raison qu’elle ne l’avait plus quittée plus une fois qu’elle avait été en âge de marcher.. Si bien qu’il n’était pas étonnant de trouver à sa suite, Elfinaë pas plus haute que trois pommes, qui marchait à ses côtés sans un bruit et buvait chacun de ses gestes du regard. Elle avait déjà décidé à cette époque qu’elle deviendrait à son tour Grande Prêtresse. Elle aimait cette femme et la respectait comme sa propre mère. C’est pour cela qu’elle n’avait pas hésité à pénétrer dans la forêt maudite. Elle se devait de trouver l’Elu et de le protéger, même s’il refusait son aide. Elle se devait d’être à ses côtés car c’était là sa mission.

 La lumière parvenait maintenant à pénétrer à les épais feuillages. Elle pouvait encore à peine distinguer les contours des troncs mais continuait à avancer en tâtonnant. Elle ne l’avait pas encore aperçu mais lui ne voyait qu’elle. Remis de sa surprise, il l’observait du coin de l’œil.

Dans cette brume matinale, elle ne ressemblait pas à un fantôme, loin de là mais plutôt à une apparition céleste. Ses longs cheveux d’un blond tendre accompagnaient avec douceur chacun de ses mouvements. Enroulée dans son manteau de fortune, elle semblait exténuée. Il voyait dans ses gestes qu’elle avait présumé de ses forces. Il décida d’aller l’aider. Il ne savait pas s’il devait éprouver un profond respect pour cette jeune femme pour avoir oser s’aventurer dans cette forêt maudite ou s’il devait  lui reprocher son inconscience. Ne sachant que penser et levant les yeux au ciel, il sourit et il s’avança d’un pas agile vers elle. Il était accoutumé à cette forêt et à la pénombre qui y régnait. Néanmoins, il ne savait pas comment l’aborder sans l’effrayer. Il n’eut même pas le temps d’y réfléchir qu’il sentit une main sur son torse. Etonnée de cet obstacle soudain que ses mains n’avaient l’instant d’avant pas su déceler, elle la retira précipitamment. Ce n’était pas un arbre qu’elle avait touché… La texture n’était pas rugueuse mais plutôt douce, c’était du tissu, elle en était certaine. Quelqu’un devait se tenir en face d’elle. Un frisson la parcourut. Il l’observait, toujours calme et perçut son léger tremblement. Ses longs cheveux lui caressaient le visage, portés par une douce brise. Quand elle posa enfin ses yeux sur lui, il découvrit deux magnifiques yeux bleus clairs qui le regardaient sans nulle crainte mais plutôt avec tendresse. C’était le genre de regard qui arrivait à vous apaiser quelque soit la situation ou le problème. Elle avait levé la tête pour être sure de capter son regard. Sentant ses forces l’abandonner, elle bascula vers l’inconnu. Réunissant ses dernières forces, elle parvint à murmurer :

- C’est vous… Eliocos ?

- Oui, c’est bien moi, répondit-il, la retenant pour l’empêcher de tomber.

Elle l’avait enfin trouvé, enfin. Elle pouvait maintenant se reposer un peu, mais pas avant de lui avoir dit qui elle était, expliquer pourquoi elle était ici.

- Je suis …

Et sa phrase mourut sur ses lèvres. Il fallait qu’il sache qui elle était. Il ne devait pas partir sans elle. Dans un ultime effort, elle parvint à lui dire dans un souffle avant de s’évanouir dans ses bras :

- … Artésia.

 

 
par marypistache publié dans : Ma première histoire : Un amour de fée
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Dimanche 9 avril 2006

 

Chapitre 32 : Le secret de la chambre
 
Cela faisait des jours qu’il était enfermé dans cette chambre, celle qui avait recueilli en son sein les tristesses, les douleurs et les bonheurs de son frère… Ce frère qu’il avait perdu trop tôt, ce frère que le pouvoir avait corrompu, ce frère qui avait tenté de le tuer… Son frère, oui, son unique frère qu’il avait perdu par une nuit sans lune et qu’il n’avait jamais revu. Abattu, rongé par le découragement, Elohim se laissait dépérir. Il n’avait plus la force de se battre. Son cœur était brisé. Il avait d’abord été abandonné par son frère, puis il avait perdu sa fille par excès d’orgueil, de douleur… Pour lui éviter de souffrir, il avait refusé qu’elle aime, il le lui avait interdit même. Sa colère de père avait pris le dessus tout comme sa souffrance d’homme meurtri par la mort de sa femme, qui avait tant sacrifié pour lui. Elle était la future Reine, elle avait des obligations et des devoirs, ceux-là même qu’il avait voulus fuir, il y a de cela bien longtemps… Il étouffa un sanglot. Hanaelle, Mébahel, pardonnez- moi, je n’ai pas su être à la hauteur. Je… Il n’arrivait même plus à penser tellement la douleur qui lui lacerait la poitrine l’oppressait. L’image de Manfred lui revint en mémoire. Ce fut la goutte d’eau qui l’anéantit. Affaibli, anéanti, il n’avait plus rien du Roi à fière allure que tout le peuple vénérait. Il ressemblait plutôt à un de ces vieillards que le temps avait détruit, avait usé jusqu’à ce qu’il ne soit plus que l’ombre d’eux-mêmes. Il ne mangeait plus, ne dormait plus. Il vivait dans une souffrance perpétuelle, souffrance qui semblait être à ses yeux sa pénitence. Il n’avait pas su protéger son peuple et encore moins sa fille. Il s’était laissé abuser par l’image que lui renvoyait Manfred. Quand il l’avait vu pour la première fois, il avait eu l’impression de revoir son propre frère au même âge, ce même regard intense et profond. Il l’avait accueilli à bras ouvert, lui avait donné la place dont son père avait tant rêvé. Il lui avait ouvert les portes de son cœur et de son Royaume. Il avait eu l’impression d’avoir une chance de se racheter et de retrouver avec Manfred ce frère tant aimé, dont l’absence avait été une des pires souffrances de sa vie. Il retrouvait son frère dans son neveu, ce frère non corrompu par le pouvoir, rêvant d’un monde meilleur. Il s’était laissé aveugler. Il n’avait pas voulu voir. Ce n’était pas lui qu’il avait trahi mais tout son peuple, tous les siens. De rage, ses poings se crispèrent. Il n’était que douleurs, pleurs et désespoir. Mais, à son grand étonnement, il sentit à ses côtés une présence rassurante. Il était pourtant seul, seul et impuissant. Quand le découragement le prenait à la gorge, il lui semblait entendre une voix qui apaisait ses peurs. Il n’y avait que trois êtres au monde capable de lui procurer cette sensation. Deux de ces êtres l’avaient quitté, le dernier avait été un rayon de soleil dans sa vie. Depuis son tout premier cri, ce premier regard posait sur ce petit être, il en avait été sous le charme. Il s’était pour la première fois senti père et avait senti ce lien unique qui se liait entre lui et sa fille, un amour incommensurable avait alors comme inondé son âme. Cet instant, il ne l’oublierait jamais. Un sourire vint illuminer son visage ravagé par la douleur. Mais, ce sentiment était tout autre. Il lui rappelait son frère qui était à ses côtés quand il ne parvenait pas à faire ce qu’il souhaitait même quand il y mettait tout son cœur et qui d’un geste, un sourire, une main sur la tête le réconfortait. Il lui semblait que c’était la présence de son frère qu’il sentait à ses côtés.
Elohim n’avait pas ressenti cette sensation depuis le départ de son frère. L’exil avait été pour lui, le verdict le plus difficile à prononcer de toute sa vie. Ces mots, il ne les oublierait jamais :
«  Manfred, vous êtes accusé d’avoir tenter d’usurper le trône du Roi Elohim. Vous n’avez pas respecter le choix de votre père. Nous avons décider de vous bannir à jamais du Royaume des fées. Il vous est à partir de ce jour interdit de revenir. Vos noms seront à jamais rayés des mémoires. Vous ne faîtes désormais plus parti de ce Royaume. »
Ces mots, il n’avait plus les prononcer. Il était resté digne tout au long de la cérémonie, même devant le sourire ironique de son frère qui ne semblait éprouver aucun remord ni aucune tristesse. Son orgueilleux frère qu’il avait toujours tant admiré. Cette nuit là, incapable de dormir, il s’était levé et était allé trouver refuge dans cette chambre… Elle était impeccable, les armoires avaient été vidées, il ne restait plus rien de son frère. Dans cette nuit aussi noire que l’ébène, son frère avait disparu pour toujours de sa vie. Il s’était senti abandonné, il avait pleurer cette nuit là comme jamais il n’avait pleuré dans sa vie. Cette première grande douleur, ce premier abandon à l’aube de sa vie d’homme marquait la fin d’une époque, d’une vie. Il était à présent Roi et son frère, plus qu’un traître dont le nom serait oublié à jamais dans les profondeurs du néant.. Le lendemain, avant que le jour se lève, il avait regagné sa chambre en scellant à jamais au fond de son âme sa souffrance qui telle une cette plaie béante, il le savait, ne se refermerait jamais plus. Le nom de Mébahel fut rayé de tous les livres et pour toujours du Monde des Fées comme s’il n’avait jamais existé. Hanaelle sa propre fille n’avait appris son existence qu’au retour de Manfred, le fils de son frère. Et c’est aujourd’hui dans cette chambre qu’il sentait son frère à ses côtés qui l’exhortait à se battre. Son grand frère était là, lui semblait-il, pour l’aider. Une force cherchait à le pousser à se lever, à se battre, à ne pas abandonner… Une voix lui répétait sans cesse : «  Petit frère, aie confiance, je suis là pour t’aider. Laisse moi me racheter et sauver mon fils. Je ne veux pas qu’il finisse comme moi. Fais moi confiance, petit frère. Avant que le mal ne s’empare définitivement de moi, j’ai pu cacher un objet qui t’aidera à l’éradiquer. Aie confiance, petit frère. Toi seul peux le trouver… Rappelle-toi, souviens-toi de nos jeux… Rappelle toi de notre cachette secrète. Toi seul peux m’aider à sauver mon fils. Je t’en prie, Elohim, fais moi confiance. Laisse-moi t’aider… ». N’était-ce pas encore un piège de Manfred ? Ne devenait-il pas fou ? La faim le faisait-elle délirer ? Harcelé par ses propres interrogations, harassé de fatigue, il s’était finalement endormi. Le plus surprenant restaient le sourire qui se dessinait sur les lèvres et l’impression de sérénité qui se dégageait de son visage.
par marypistache publié dans : Ma première histoire : Un amour de fée
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Lundi 13 mars 2006
Chapitre 31 : Eliocos, l’Elfe noir
 
Après une folle nuit de passion, Eliocos s’éveilla à l’aube, une habitude qu’il avait prise depuis de nombreuses années. Se trouvait encore endormie à ses côtés, une jeune elfe dont les cheveux blonds recouvraient ses courbes généreuses. Il releva une mèche qui cachait son doux visage et sourit au souvenir de cette nuit de délice et de plaisir où leurs corps s’étaient unis dans un accord parfait. Mais, son sourire s’effaça aussitôt. Il savait aussi que ce serait la seule… Il se leva. Les premiers rayons du soleil se déposaient sur sa peau comme de fragiles papillons. Dans l’aube naissante, il n’avait pour habit que son médaillon et un anneau qu’il ne quittait jamais. Ses cheveux d’un noir profond retenus par une tresse qui descendait sur son torse laissaient voir le magnifique tatouage qu’il arborait dans le dos. Un jeune homme agenouillé déposait ses armes au pied d’un mage sous le tendre regard de la Déesse Artésia. Une chouette trônait fièrement sur l’épaule de la Déesse. En échange, le vieux mage à la chevelure d’un blanc éclatant lui offrait un grimoire qui recelait tous les secrets de ce monde. Une corneille voletait au-dessus de lui. Aux côtés du jeune homme, un perroquet aux couleurs vives semblait représenter la fougue de la jeunesse. Ce tatouage, à ses yeux, symbolisait son destin. Jeune aventurier intrépide, guerrier redoutable, il avait déposé les armes et toute la violence qu’elles refermaient pour accéder à la sagesse et à la paix de l’esprit. Cette sagesse qui le sauverait et sauverait son peuple. Mais avant de connaître cette sérénité, il se devait de livrer une guerre inévitable, mais salvatrice. Il ouvrit les rideaux et de la fenêtre observa la naissance de l’astre solaire. Elfe noir, il n’avait connu que la guerre, les pillages et les complots. Il y a des siècles, son peuple avait été engagé dans un combat qui ne les concernait pas. Les Mages Noirs, de puissants magiciens, avaient réussi à convaincre leur chef de s’allier à eux en vu de devenir l’un des maîtres incontestés du monde. Avide de pouvoir, ce dernier accepta. Mais le prix fut le plus lourd que son peuple n’ait jamais eu à payer : l’aliénation, la pire des malédictions. Eux, qui au départ étaient des nobles guerriers, étaient devenus les pires assassins et les pires mercenaires que le monde ait connus à la solde des Mages Noirs. Ils étaient devenus les esclaves asservis de leur Armée… Cela s’était passé il y a maintenant très longtemps mais la malédiction pesait toujours sur son peuple. Dans le soleil levant, il ne put retenir un cri empli de rage et de désespoir. Il porta la main à son médaillon, un des biens les plus précieux qu’il avait sur terre. Cadeau d’une vieille femme qu’il était sur le point d’assassiner sur les ordres d’un mage noir dont son peuple continuait malheureusement à être les serviles esclaves, il était à ses yeux le signe de sa délivrance. Cette scène, il ne l’oublierait jamais, elle était gravée au plus profond de lui même. Cette vieille femme dont il ne connaissait même pas le nom et qui pourtant l’avait sauvé des ténèbres éternelles… Il avait pénétré chez elle en pleine nuit. Mais, cette dernière nullement effrayée semblait l’avoir attendu patiemment. Elle l’avait vu et s’était levée comme pour le saluer et lui avait dit sur un ton où ne perçait nulle crainte :
-         Jeune homme, j’ai une faveur à vous demander. Avant de me tuer, j’ai quelque chose à faire. Voulez-vous bien m’attendre ?
Son visage était tellement paisible qu’il ne put refuser. Il hocha simplement la tête en signe d'acquiescement. Elle alla jusqu’à sa chambre et revint avec une poche en velours grenat. Elle s’approcha de lui et lui tendit l’objet. Il ne savait pas comment réagir. Elle lui dit simplement ses mots :
-         Le salut que tu recherches se trouve ici.
Eliocos ne sut que répondre. Comment pouvait-elle savoir ? Mais qui était donc cette femme aux cheveux d’un blanc aussi pur que la neige dont le visage serein avait gardé toute sa beauté d’antan. Avec réticence, il accepta le présent. La vieille femme le regardait toujours d’un regard tranquille. Il ouvrit la pochette et la renversa. Il reçut dans sa main un médaillon en forme de pièce. Sur la face qui était visible, le profil régulier de la déesse Artésia portant avec fierté le casque ailé se découpait sur le fond du médaillon. Il le retourna. Sur l’autre face, une chouette aux ailes déployées en occupait le centre. Cela faisait un moment qu’il la contemplait sans savoir ce qu’il devait en penser. Intrigué, il regarda la vieille femme qui le fixait toujours de son regard pénétrant.
-         Alliée de la lune, gardienne des secrets et des anciens savoirs, la chouette sera désormais ta protectrice. Symbole de la Déesse Artésia, guerrière chasseresse, dont la sagesse a su guider les peuples, elle t’aidera à trouver le salut.
Il l’écoutait sans pouvoir rien dire. La vieille femme poursuivit :
-         Ta quête sera longue et ta délivrance à conquérir. Mais ton cœur dont la pureté a été souillée sera purifié par une série d’épreuves dont la plus importante causera soit ta perte soit ta délivrance.
Elle se tut. Dans le silence, ses paroles raisonnaient encore dans l’esprit du jeune homme quand elle reprit.
-         Tu feras partie de ceux qui détruiront le mal. Tu seras l’un de ceux qui délivreront le monde d’Askan.
Eliocos était stupéfait. Sauver le monde de ce démon, mais Askan était mort, il y avait de cela des siècles… Il ne comprenait pas ce qui se passait et se sentait dépasser par les évènements.
-         Une destinée hors du commun t’attend, Eliocos, si tu es prêt à l’accepter. Tu as été sous l’emprise des mages noirs, tu as connu l’enfer, la soumission, la souffrance… Il est temps pour toi de renaître et de d’accomplir ce pour quoi tu es né…
Une seule pensée lui traversa l’esprit : comment savait-elle son nom ?
-         Je suis la Grande Prêtresse d’Artésia. Elle t’a choisi pour accomplir sa volonté et rendre à cette terre la paix qui lui est due. Tu as le droit de refuser mais sache que toi seule est digne aux yeux de la Déesse d’accomplir cette tâche.
Une douce chaleur s’empara alors de son corps comme si quelqu’un le prenait dans ses bras. Inconsciemment, il avait fermé les yeux. Quand il les avait ouverts de nouveau, la vieille femme n’était plus là, il était seul dans les ténèbres mais la chaleur bienfaisante était encore présente. Une voix suave se fit alors entendre :
-         Eliocos, je t’ai choisi. Toi seul, est digne à mes yeux d'accomplir ma volonté…
C’est alors que la Déesse apparut dans toute sa splendeur. Subjugué par tant de beauté, il n’osait pas bouger. Gracieusement, elle se rapprocha de lui.
Reprenant ses esprits, il osa lui dire ce qui lui brûlait les lèvres depuis qu’il avait entendu ce nom, cause de tant de souffrance:
-         Mais, Déesse, Askan n’est plus de ce monde…
Elle l’arrêta d’un signe de la main
-         Il y a des voies qui sont impénétrables, les astre ont parlé. Askan reviendra et son pouvoir sera encore plus redoutable… Mais, une poignée d’homme se lèveront et oseront le défier. Tu feras partie de ses hommes, Eliocos.
Elle s’approcha encore de lui.
-         Depuis le commencement, je t’ai observé. Je t’ai suivi à chacun de tes pas. J’ai souffert avec toi… Tu as toujours été un des mes fidèles. Je t’ai pris sous ma protection depuis ta naissance. Tu m’as toujours vénérée et aimée d’un amour pur et constant. Ta fidélité et ton obstination à servir ma cause seront un jour récompensés.
Elle lui caressa la joue de sa main au poignet délicat. Elle défit un des lacets qui essayait de dompter sa chevelure rebelle aux boucles d’or. Elle prit le médaillon en argent et l’attacha au cou d’un jeune homme.
-         Ce médaillon veillera sur toi jusqu’au jour où pour toi, je me réincarnerai et le moment venu je serai tienne. Jusqu’à ce jour, tu es libre d’aimer et découvrir tous les plaisirs que recèlent cette terre. Le jour viendra où nous serons un.
Elle était tellement belle. Ses cheveux blonds ondulés tombaient telle une cascade sur ses reins. Ses yeux d’un bleu clair le regardait avec tendresse. Sa bouche, pareille à un bouton de rose fraîchement éclose, était une invitation à l’amour. Leurs lèvres scellèrent dans un tendre baiser ce pacte d’amour éternel. Avant de disparaître, elle lui fit un présent. Evanescente, elle murmura ces dernières paroles :
-         En gage de mon amour, reçois cet anneau sacré, signe de notre rencontre. Le jour de nos retrouvailles, il te révèlera qui je suis… Jusqu’à ce jour, je veillerai sur toi mon amour…
Tout devint trouble. Il ferma les yeux. De nouveau, il était dans le salon de la petite vieille qui le regardait en souriant.
-         La Déesse t’a parlé. Mon travail est achevé ici bas. Si tu veux me tuer, va-z-y, je n’ai plus rien à faire sur cette terre.
Elle avait parlé d’une voix où ne régnait pas la peur.
-         Je ne vais pas te tuer, Grande Prêtresse. Tu es celle qui a su me montrer le chemin. Je ne suis plus l’homme qui suis entré dans ta demeure. Eliocos, l’elfe noir est désormais celui par qui le règne d’Askan prendra fin. Sur ces mots, il était parti en quête de sa délivrance réunir l’armée qui viendrait à bout de ce tyran, qui par ,il ne savait quelle magie, allait réussir à revenir d’entre les morts
Plusieurs années s’étaient écoulées sans qu’Askan ne donne aucun signal de son retour. L’Armée dont il était le chef grossissait d’années en années. Il avait de plus en plus de fidèles. Même rien ne le laissait présager, il sentait le retour d’Askan proche. Il décida de s’habiller et d’aller prendre l’air. Malgré les premières lueurs du jour, la brume ne s’était pas encore dissipée. La fraîcheur du matin le revigorait. Il aimait ce moment de la journée où la nature peu à peu s’éveillait. Il entendit des pas qui semblaient prendre sa direction. A l’affût, tous ses nerfs tendus, il attendait. C’est alors qu’il l’entendit.
-         Que la paix soit avec toi jeune homme. Tu n’as pas changé depuis la dernière fois que je t’ai vu.
Cette voix lui était familière. Une silhouette se découpait dans la brume, légèrement courbée, une silhouette fine. Il la reconnut et alla à sa rencontre :
-         Grand Prêtresse, vous devez être fatiguée. Mais à votre âge, vous ne devriez pas…
-         Toujours aussi impertinent. Il y a quelques années, tu enfonces ma porte et aujourd’hui tu m’insultes…
Ils éclatèrent de rire. Malgré la brume, il vit son visage se durcir.
-         Qu’y a-t-il, Grande Prêtresse ?
-         Eliocos, le moment tant redouté est proche. Askan est de retour…La Déesse m’envoie te rappeler ta mission. Es-tu toujours d’accord ? Le temps a passé et …
Il ne la laissa pas achevé sa phrase.
-         La Déesse m’a choisi. Je ne la décevrai pas.
La vieille femme avait lu dans son regard toute sa détermination. Elle savait que la Déesse avait fait le bon choix. N’avait-elle pas prévu d’en faire son mari ? Elle sourit. Devenir mortelle par amour, une folie…
-         Venez, allons nous réchauffer autour d’un bon feu, ajouta-t-il en souriant.
Il soutint la vieille femme. Enfin le moment était arrivé, ce moment auquel il se préparait depuis tant d’années. Il allait livrer sa plus grande bataille et retrouver l’amour de sa vie… Il jeta un regard à l’anneau qu’il n’avait jamais quitté depuis leur rencontre et ses paroles lui revinrent en mémoire : « En gage de mon amour, reçois cet anneau sacré, signe de notre rencontre. Le jour de nos retrouvailles, il te révèlera qui je suis… » Il ferma les yeux et un sentiment de joie intense l’envahit. Il allait enfin la revoir. Mais un doute s'empara de lui : la reconnaîtrait-il? Il lui sembla entendre de nouveau la voix suave et sensuelle de la Déesse : «  il te révèlera qui je suis… ». Cet anneau les réunirait, il devait y croire.
par marypistache publié dans : Ma première histoire : Un amour de fée
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Lundi 6 mars 2006

 

  Chapitre 30 : le Maître Dragon

Le vieux sorcier Honorius n’attendait plus que son jeune ami pour partir. Il lui avait envoyé une missive où il l’enjoignait de l’accompagner dans son périple. Il l’imaginait sans peine plein d’enthousiasme, prêt à se lancer dans l’aventure. Leur première rencontre lui revint en mémoire. D’un tempérament espiègle malgré son grand âge, même si soit dit en passant le vieux sorcier Honorius n’était pas si âgé qu’il voulait bien le faire croire, il aimait adopter l’allure d’un vieux sorcier au dos courbé par le temps et à la longue barbe blanche… Son stratagème avait fonctionné bien des fois. En effet, comment ce vieil homme pouvait-il être un puissant mage comme le disaient les rumeurs du coin ? Mais Adrazel était plus têtu que la plupart des humains. Il força l’entrée et obligea le vieil homme à le suivre. Il n’avait marché des jours et des nuits pour rien. Il était venu lui demander son aide et il ne partirait pas tant que sa requête n’aurait pas été entendue. Il savait que l’action valait plus qu’un long discours. Il posa son sac et en sortit délicatement un objet volumineux enroulé dans différentes fourrures et pièces de tissu. Dans le regard du vieux sorcier s’alluma une lueur d’intérêt. Ce jeune homme avait réussi à piquer sa curiosité. Vu la forme de l’objet, si ce qu’il pensait été juste, il avait devant lui… Mais non, ce n’était pas possible, il n’y en avait plus de part le monde depuis des siècles. Et pourtant, il ne rêvait pas. Le jeune homme avait déposé avec mult précaution son précieux objet devant la cheminée où il attisait un feu mourant. Il y avait créé un nid où l’œuf serait à l’abri, un œuf énorme… Le vieux sorcier s’agenouilla sans peine, ce qui laissa Adrazel stupéfait, et prit l’œuf dans ses mains. Il l’examinait maintenant avec attention. Vu la taille gigantesque de cet œuf, il avait à faire avec un œuf de dragon ! Il n’en avait pas jamais vu et ils avaient disparu depuis des siècles. Comble du bonheur, il était en présence d’un œuf d’une des espèces les plus rares. Il tenait dans ses mains un œuf des dragons blancs de Wespati. Ce qu’il savait de ces dragons, il l’avait lu ou c’était son grand père qui le lui avait dit. Ces dragons dès leur naissance avaient atteint leur taille adulte et tenaient dans vos mains. Ils étaient surtout doués d’une intelligence rare et hors du commun. Le vieux sorcier croyait que sa race s’était éteinte il y avait de cela bien des siècles. Mais, il avait la preuve entre ces mains que l’espèce n’avait pas tout à fait disparu. Le jeune homme avait su garder l’œuf à une bonne température. Il semblait en bon état et bien conservé et surtout sur le point d’éclore… Il se mit tout de suite à son chaudron. Il devait lui confectionner une potion revigorante s’il voulait qu’il ait une chance de survivre. L’œuf semblait avoir hiberné et peut-être que… Il se devait d’essayer. Pendant qu’il la préparait, il demanda au jeune homme de lui raconter tout ce qu’il savait sur cet œuf…

-         J’ai trouvé cet œuf dans une des grottes de la région de Wespadi d’où je suis originaire. Je connaissais les légendes qui parlaient des fameux dragons blancs de Wespadi. J’ai mené plusieurs expéditions dans les grottes sans jamais rien trouvé. Je me suis documenté sur le sujet et j’ai lu tout ce qu’on pouvait trouver sur la question. Il y a une semaine, je suis retourné sur les lieux d’une de mes toutes premières expéditions après avoir entendu qu’il y avait eu des éboulis dans la région…
Le vieux sorcier Honorius lui lança un regard réprobateur.
-         Oui, je sais que c’était une mauvaise idée, que c’était très dangereux. Mais, j’avais un pressentiment. C’est là que j’ai découvert une nouvelle galerie dont l’entrée avait été libérée par les éboulis. J’ai vérifié la solidité du passage et je me suis aventuré dans la galerie… Dans un coin, j’ai découvert des pierres étrangement disposées en tas. J’en ai touché une qui m’a laissé comme une trace de suie sur la main. J’avais lu quelque part que les dragons construisaient des nids de pierre dont ils se servaient comme d’une couveuse qu’ils chauffaient de leur souffle ardent. Sans vraiment y croire, j’ai enlevé une à une les pierres. Ce qui m’a pris un certain temps et finalement, ma main a touché quelque chose de lisse… Il n’y avait que peu de lumière qui me parvenait de l’extérieur. J’ai dégagé la chose qui s’est avéré être de forme ovale et d’une hauteur d’environ trente centimètre. La chose n’était pas très lourde… Elle ressemblait à un œuf d’autruche. Le problème est qu’il n’y en a jamais eue dans la région et qu’elles pondent rarement dans les grottes… Je me suis mis alors à espérer que ce soit bel et bien un œuf de dragon… Je l’ai délicatement enveloppé dans ma veste et je l’ai ramené chez moi… J’avais entendu des rumeurs qui parlaient d’un ermite, et même d’un sorcier qui habitait dans la montagne dans la forêt d’Emeraude. J’ai décidé de tenter ma chance et d’avoir votre avis sur la question…Y-a-t-il une chance que ce dragon soit encore en vie ? termina-t-il dans une voix où vibrait l’espoir.
Honorius avait écouté son récit avec attention tout en préparant sa mixture. Il avait à de nombreuses reprises froncé les sourcils ou remué la tête, en jetant un regard de temps en temps à l’œuf. Il ne répondit pas tout de suite à sa question. Il acheva d’abord sa préparation. Quand il émit un grognement que Adrazel jugea de satisfaction, il se dirigea vers l’œuf qui avait pris une légère teinte orangée. Il le prit et le plongea dans la préparation. Il regarda alors Adrazel et lui dit simplement en lui faisant un clin d’oeil :
-         Nous allons voir…
Puis, il s’assit. Il avait toujours l’apparence d’un vieillard mais se déplaçait et agissait comme un jeune homme, se dit Adrazel, qui prit place à ses côtés. Drôle de bonhomme ne put-il s’empêcher de penser. Ils n’échangèrent pas un mot. Le vieil homme semblait perdu dans ses pensées. Adrazel, lui, ne quittait pas des yeux l’œuf et le vit avec étonnement changer progressivement de couleur. Il prenait une teinte de plus en plus orangée. Serait-il possible que… Il n’osait achever sa phrase de peur que cela leur porte malheur ! Ils avaient passé plusieurs heures à veiller et rien ne s’était produit. Epuisé par le voyage, le jeune homme s’était endormi. Honorius n’avait jamais assisté à la naissance d’un bébé dragon. Il savait que l’éclosion prendrait énormément de temps. Maintenant restait à savoir si le dragon que recelait cet œuf était encore en vie. Il avait repris son apparence normal et avait préparé quelque chose à manger pour Adrazel. Il alla observer les étoiles. Peut-être que les astres confirmeraient la naissance de ce bébé dragon. Son grand-père lui avait raconté que lors de la naissance d’un dragon, les astres annonçaient sa venue. Les planètes s’alignaient pour saluer son arrivée et la nature s’éveillait pour lui donner son nom. Il guettait maintenant le moindre signe. L’œuf, qui était à maturité, avait atteint la température adéquate et était d’un orange vif. Rien dans les cieux ne laissait présager sa naissance. C’est alors qu’un grondement se fit entendre. Le ciel, jusqu’à cet instant, étoilé et dégagé était maintenant empli de nuages. Une pluie torrentiel s’abattit sur la cabane et des éclairs zébrèrent le ciel. Honorius se dit que les planètes devaient s’être alignés. Il réveilla le jeune homme sentant le moment proche. Adrazel, encore endormi, se leva et accepta le sandwich que l’homme lui avait préparé. Il avait une barbe de trois jours et portait un jeans avec une chemise de bûcheron. Ses cheveux grisonnants mi-long encadraient. Passé la surprise, il reconnut le regard pétillant de l’inconnu. C’était celui du vieillard ! Il n’eut pas le temps de se remettre de ces émotions que l’œuf était devenu rouge incandescent, la mixture, quant à elle, était en ébullition. Dans un fracas étourdissant, l’œuf s’enflamma. La nature, de son coté, se déchaînait à l’extérieur. Adrazel n’osait plus bouger. Puis, comme cela avait commencé, tout redevint calme, les flammes disparurent et la pluie cessa. Honorius, s’était rapproché du chaudron et invitait Adrazel à faire de même. Quelque chose à l’intérieur de l’œuf semblait bouger. Honorius sortit l’œuf et le mit sur le nid improvisé près de la cheminée. Ils s’installèrent et attendirent. Leur attente fut de courte durée. Quelque chose semblait essayer de sortir. La coque se fendilla sur le côté et après quelques coups répétés, elle se rompit. Ils aperçurent alors une petite patte avec trois griffes. Après quelques efforts, en sortit un petit dragon blanc… Il essaya de se mettre debout, mais échoua. Il déploya une aile puis l’autre et réussit à se mettre debout. Honorius fit signe à Adrazel de reculer. Celui-ci obéit. Le petit dragon grogna, émit quelques petits cris et cracha un jet de fumée. Il semblait se concentrer et prenant son souffle, jeta son premier jet de feu. Il mit le feu au pied de la table d’Honorius qui l’étouffa bien vite.
-         Approche-toi maintenant de lui. Il doit te sentir. Il doit te reconnaître.
Adrazel se rapprocha du dragon et tendit la main en direction de sa tête. Le dragon l’huma. C’est alors qu’il ouvrit les yeux. Son regard d’un bleu d’acier plongea directement dans celui d’Adrazel. Le dragon inclina finalement la tête et Adrazel en fit de même. Honorius prit alors la parole :
-         Cher Dragon. Nous sommes heureux de t’accueillir. Ta route a été longue. Tu es le dernier de ta race. C’est ce jeune garçon qui t’a amené à moi et c’est grâce à mon savoir que tu as pu voir le jour.
Une voix caverneuse raisonna dans la pièce.
-         Je vous en remercie.
Le dragon inclina à nouveau la tête mais cette fois-ci en direction d’Honorius.
-         Je m’engage à servir ce jeune garçon puisque je lui dois ma vie et je mets à sa disposition tout mon savoir. Je lui suis infiniment reconnaissant.
Adrazel n’en croyait pas ses yeux. Un dragon blanc se tenait devant lui et lui parlait.
-         Je ferai de lui le plus puissant des Maîtres Dragons.
-         C’est une offre très honorable. Mais la vie a changé.
-         Je suis aux ordres de mon maître.
Honorius se tourna vers Adrazel qui essayait de reprendre une contenance.
-         Jeune Adrazel, je te présente Storm ton dragon. Les éléments ont décidé de son nom, dit-il d’un ton solennel.
-         Je ne désire pas d’un serviteur mais d’un ami qui voudrait bien partager avec moi son savoir.
-         Je n’en serai que plus ravi, Maître Adrazel.
Le dragon déploya alors ses ailes et vint prendre place sur l’épaule de son maître.
C’est ainsi qu’il réussit à donner vie au dernier dragon de la Terre. Honorius sourit. Il était impatient de les revoir, même si Storm venait lui rendre visite de temps en temps. Il apparaissait en pleine nuit et repartait avant que l’aube soit levée. Il en était certain, ils lui seraient d’un aide précieuse. La nuit allait tomber, il se décida à préparer quelque chose à manger pour les deux voyageurs épuisés qui allaient franchir le pas de sa porte. Tandis qu’il préparait un endroit où ils pourraient passer la nuit, il entendit la voix d’Adrazel qui l’hélait :
-         Honorius, dépêche-toi ! J’ai un blessé avec moi…
Honorius ouvrit la porte. Adrazel portait sur son dos un jeune homme, qui était évanoui.
-         Installe-le sur le canapé. Qu’-t-il ?
-         Je l’ai trouvé inconscient. Il a l’air en piteux état.
Honorius qui était allé cherché de l’eau et des serviettes ainsi que des vêtements chauds, commença à nettoyer ses blessures.
-         Allez vous restaurer. Je m’occupe de lui. Il est entre de bonnes mains.
Il fit boire un peu le jeune homme puis désinfecta ses blessures. Ses bras étaient égratignés, ses genoux écorchés à force d’être tombé, ses jambes lacérés. Des animaux sauvages semblaient l’avoir attaqué. Il devait s’être perdu depuis quelques jours sans avoir rien à manger. Honorius le la