Le troll et la fée : une autre histoire

Dimanche 19 mars 2006

 

Le troll et la fée

Chapitre 1 : La rencontre

Zoéliana était une petite fée qui n’avait pas froid aux yeux. Elle aimait l’aventure et n’avait peur de rien. Son papa, un demi-elfe au grand cœur était tombée sous son charme dès sa naissance, il avait au départ eu peur pour son petit bout mais il s’était vite rendue compte qu’il ne pourrait pas l’empêcher de faire ses expériences et ses découvertes. Petite aventurière, petite fille casse-cou, elle aimait se promener dans les bois et s’inventer des aventures. Pas plus haute que trois pommes, elle avait toujours su ce qu’elle voulait. C’était au fil des ans devenue une jeune fille curieuse, rêveuse, au charme naturel quelque peu ensorcelant.

Un jour qu’elle virevoltait de branche en branche dans un magnifique cerisier blanc en fleur, elle aperçut un drôle de petit bonhomme. Il ne l’avait pas vu mais semblait presser. Sa curiosité piquait au vif, voilà notre petite fée bien décidée à le suivre et à savoir où il allait. Allongée, ne remuant pas membre, elle l’observait à l'abri des feuilles. Il scrutait les alentours d’un regard inquiet. Quand tout lui sembla tranquille, il poursuivit sa route. Elle attendit de l’avoir presque perdu de vue avant de le suivre. Elle volait à une distance raisonnable pour ne pas se faire voir. Notre bien curieuse petite fée s’interrogeait sur la race de ce drôle de petit bonhomme. Quand elle était petite, elle avait adoré écouter son papa lui raconter de histoires. Selon ce que son père lui avait dit, ce petit bonhomme -enfin il devait être aussi grand qu'elle mais de là haut il semblait plus petit- devait être une sorte de troll... C'était le premier mot qui lui était venu à l'esprit. Mais elle n'en avait jamais vu, elle n’en était pas sûr. Elle avait entre aperçu son visage et elle avait ressenti comme des papillons au creux de l’estomac… Chose étrange, c’était la première fois que ça lui arrivait. Il ne ressemblait pas aux trolls des histoires de son père… Il était beau. Un charme particulier se dégageait de lui. Ses  longs cheveux d’un noir aussi profond que l’ébène tombaient sur ses larges épaules. De ses habits, elle n’avait vu que sa cape bleu clair qui l’enveloppait. Il semblait jeune, aussi jeune qu’elle. Mais qu’avait-il donc à cacher ? Plus, elle l'observait, plus il l’intriguait. Comment ne pas résister à la tentation et ne pas le suivre? Qui était-il ? Un sourire lui vint aux lèvres. Elle ne le quitterait pas tant qu’elle ne connaîtrait pas son identité même si pour cela elle devait sortir de l’ombre et le lui demandait les yeux dans les yeux. Il s’était arrêté au pied d’un vieux chêne aux racines émergeantes, au tronc marqué par les années… Il regarda encore une fois autour de lui, plus longtemps cette fois-ci. Zoéliana avait juste eu le temps de se cacher derrière une feuille. Heureusement, il ne l'avait pas aperçu. Rassuré, il s’approcha du tronc et  tapa trois fois. Zoéliana de plus en plus intriguée, le fixait intensément. Il semblait maintenant murmurer quelque chose. Tout à coup, une porte se dessina sur le tronc et il disparut à l’intérieur de l’arbre. Elle souriait, radieuse. Enfin de l'aventure, jubilait-elle intérieurement. Elle attendit un moment, mais n’en pouvant plus, elle se dirigea vers l’endroit où il avait disparu. Du bout des doigts, d’abord, elle toucha le tronc et comme rien n’arrivait, elle se mit à tâtonner de ses deux mains, à chercher la porte qu’elle avait, il n’y avait pas si longtemps, vu. Elle ne l’effleurait plus mais le palpait maintenant à pleines mains. Elle en vint même à frapper ce tronc qui refusait de lui livrer ses secrets, mais rien ne se produisait. Elle avait bel et bien vu ses lèvres remuer. Elle se calma et réfléchit. Quels mots avaient-ils bien pu prononcer ? Dans les contes de fées, les contes pour humains, on avait souvent recours à des formules magiques comme « Sésame, ouvre toi » ou « abracadabra » ou des sortilèges beaucoup plus recherchés… Pourquoi ne pas essayer ? Elle n’avait rien à perdre. Elle se plaça face à la porte, prit un air de circonstance et prononça d’une voix forte la première formule, après avoir frappé trois fois sur le vieux tronc. Aucun changement apparent, aucune porte. Elle réessaya avec la seconde formule, rien ne bougea. Une moue déçue apparut sur son joli minois où l’on pouvait lire une certaine contrariété. Elle se retourna et s’appuya sur le vieux chêne. Son dos rencontra un tronc rugueux et irrégulier mais elle était tellement absorbée dans ses pensée qu’elle ne s’en aperçut même pas. Elle ferma les yeux et essaya de se remémorer la scène. Qu’avait-il pu bien dire ? Au début, elle ne sentit pas son corps basculer dans le vide. Elle n'eut même pas le temps de se poser de questions. Instinctivement, elle poussa un cri. Des bras la rattrapèrent. Que s'était-il passé? La porte avait dû s'ouvrir! s'exclamait- elle dans son fort intérieur. Elle n'osait ouvrir les yeux. Quand elle se décida, une magnifique paire d’yeux noirs la regardaient. C'était bien ceux de celui qu'elle suivait. Qu’allait-elle bien pouvoir dire? Elle, qui d’habitude parlait pour rien dire, se sentait incapable de dire un mot. Elle était subjuguée par ses yeux noirs qui la regardaient interrogateurs…

  A suivre…

  Marypistache

 

Par marypistache
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Mercredi 29 mars 2006

 

  Chapitre 2 : Le mystérieux inconnu

Extrait du Grimoire de Féerie de J.M MINGUEZ
 
 
Pourquoi avait-elle pris sa taille humaine? ne cessait-elle de se répéter inlassablement. Si elle avait gardé sa taille de fée, il ne l’aurait même pas vu, au pire elle aurait risqué de se faire marcher dessus… Elle ne put s’empêcher de sourire à cette idée, sourire alors qu’elle était dans une situation plus qu’embarrassante, dans les bras d’un inconnu certes au charme troublant mais d’un inconnu tout de même. Zoéliana se sentait de plus en plus perdue… Depuis combien de temps la tenait-il dans ses bras? Au sens littéral comme au sens figuré du terme, elle était tombée dans ses bras. Elle réprima une folle envie de rire. Nom d’une Déesse ! Que lui arrivait-il ? Elle avait fermé les yeux pour ne plus être troublée par ces yeux noirs plus qu’ensorcelants. Mais, maintenant qu’elle avait vu son visage… Un visage viril dont la peau basanée par le soleil arborait fièrement sur son côté gauche, un tatouage tribal bleu nuit. Elle avait cru lire sur ses lèvres, fugace, un sourire qui avait aussitôt disparu… Elle devait arrêter d’y penser et se remettre debout à tout prix. Elle n’était pas tombée par terre grâce à lui. Il l’avait rattrapée mais il l’avait aussi bouleversée. Geste à double tranchant. Semblant avoir entendu sa requête silencieuse, il l’avait aidée à se remettre debout. Ils étaient maintenant face à face. Il n’avait pas encore prononcé un mot. Silencieux, il la regardait simplement. Son regard avait osé s’aventurer sur le corps de la jeune inconnue. Son visage d’ange l’avait troublé, ses grands yeux noisettes, cette bouche légèrement tremblante d’émotion, son air surpris d'enfant pris sur le fait en train de faire une bêtise. Elle lui sembla fragile, sans défense, une enfant dans le corps d’une femme d’une grande beauté. Lui, paraissait impassible mais était, en réalité, aussi déboussolé qu'elle. Zoéliana, de son côté fixait la pointe de ses bottines, ne cessant de maudire sa curiosité, son impatience et sa maladresse. Pourquoi avoir pris sa taille humaine? Elle le savait pertinemment, pour couvrir plus de surface, tout simplement. Une idée lui traversa l’esprit. Et si elle reprenait sa taille de fée, elle pourrait s’enfuir. Mais, s’il la rattrapait, elle serait en son pouvoir. Elle ne pouvait fuir, il fallait qu’elle fasse face à la situation, qu’elle l’affronte . Prenant une profonde inspiration, elle osa relever ses yeux noisettes. Il la fixait toujours de son regard calme teinté d’une pointe de curiosité. Ils se regardaient maintenant l’un l’autre. Ils s’affrontaient même. Têtue, Zoéliana avait décidé de prendre les choses en main. L’homme qu’elle avait en face d’elle, enfin ce n’était ni tout à fait un homme, ni tout à fait un troll, l’intriguait. Cet inconnu à l’aspect singulier et au regard sombre dont la stature imposante l’impressionnait était à ses yeux un bloc d’acier dont la volonté et l’endurance paraissaient sans borne. Elle était toute en courbe et lui, tout en muscle. Elle invitait à la volupté et à la paresse, il était entièrement voué à l’action. Deux mondes se faisant face, deux mondes qui s’opposaient tout en se désirant mutuellement : deux mondes voués à se rencontrer, deux mondes en attente qui s’étaient toujours recherchés… Tous deux étaient tendus. Leur mutuelle attirance ne devant pas transparaître, un double combat se livrait en eux. Ne pas trahir leurs sentiments, ne pas révéler leurs secrets, ne pas perdre la face devant l’autre… Aucun mot n’avait été échangé. Il fallait que l’un des deux cèdent. Il savait que d’autres viendraient bientôt et il ne voulait pas qu’il la découvre. Elle semblait si fragile et même cet entêtement qu'il lisait sur le visage, cette volonté de lui faire face l’attendrissait. Elle avait l’étoffe d’une guerrière. Son aide pourrait s’avérer précieuse s’il pouvait la rallier à sa cause, mais pas maintenant, un autre jour, ailleurs. Il devait l’emmener avec lui, il y allait de son salut. Mais, il sentait qu’elle ne se laisserait pas faire. Cette petite fée bien étonnante lui tenait tête. C’était la première qui osait, la première… Il n’avait jamais vu de fée avant elle, mais ses grandes ailes translucides aux reflets d’or ne laissaient aucun doute possible… Elle lui semblait tout de même immense pour une fée. Tout le long de son chemin, il avait eu la sensation d’être suivi. Pourtant, il n’avait aperçu personne. Peut-être est-ce elle ? Mais par quel miracle? Avait-elle la possibilité de grandir et de rétrécir à volonté ? Un sourire se dessina furtivement sur son visage. Plongé dans son regard, elle ne le vit pas. Elle sentait qu’elle ne tiendrait plus longtemps. La fuite était donc sa seule issue. Il fallait qu’elle fasse vite. Il ne semblait pas bête et les trolls étaient réputés pour être de rapides et d’habiles chasseurs. Il fallait qu’elle se concentre pour réussir à se transformer. Lui jeter un sort ne servirait à rien. Il était trop prés. Il vit dans son regard une lueur d’hésitation. Elle savait qu’elle devait s’enfuir. Rusé, il attendait le bon moment pour la capturer. Ce n’était plus que l’affaire de quelques minutes, le temps qu’elle se décide. Il ne devait pas la rater. Pendant une fraction de seconde, elle sembla avoir disparu. Elle vola le plus vite possible vers les racines de l’arbre pour y trouver refuge. Mais elle ne fut pas assez rapide, deux grandes mains l’emprisonnèrent. Zoéliana ne put réprimer un geste de rage, elle frappa de ses petits poings sur ces paumes qui la maintenaient prisonnière. Il approcha ses mains de sa bouche et murmura ces mots:
- Petite fée, fais moi confiance. Je ne veux que ton bien ! Ta vie est sûrement menacée. Tu es en danger, si quelqu’un t’a vu avec moi. Je t’en prie, fais moi confiance. Calme toi !
Il ne sentait plus comme des petits picotements sur ses paumes. Elle avait dû cesser de cogner. Il les ouvrit. Assise au creux de sa main, elle semblait pleurer. Elle ne tenta pas de s’échapper. Avec délicatesse, il la glissa dans sa poche. Elle se laissa faire. Il décida de s’éloigner. Il n’avait que trop tarder. Sa cachette n’était plus sure. Il se savait surveiller. Il se mit à courir. Il lui restait encore un endroit où il serait à l’abri et où on ne chercherait pas à le trouver. Il devait faire attention, les animaux pouvaient le trahir. La nuit tombante serait son alliée. Il devait tromper la vigilance de ses poursuivants. Quand, il fut à une distance suffisante, un bruissement d’ailes se fit entendre. Un corbeau, caché parmi les arbres, avait assisté à toute la scène tout comme son maître, qui ne put réprimer un sourire de satisfaction. Son adversaire se révélait plus coriace que prévu. Le détruire serait d’autant plus jouissif.
- Cette petite fée pourrait se révéler un obstacle majeur comme un atout indéniable, se dit-il à voix haute.
Le jeu se corsait mais le roi tomberait. Il adorait les échecs. Un pion de plus à manipuler, à faire tomber ne lui faisait pas peur. Le jeu devenait de plus en plus passionnant, se félicita-t-il. Il lança ses sbires à la poursuite de Kunder, se délectant à l’avance des tortures qu’il lui avait réservées pour avoir oser se lever contre lui. Son rire effroyable se répercuta dans les airs et accompagna ses assassins lancés au triple galop à la poursuite de cet élément indésirable qui ne serait bientôt plus qu’un mauvais souvenir.
Par marypistache
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Vendredi 21 avril 2006

 

Chapitre 3 : La forêt d’Alasgord
 
Ayant marché une partie du jour et de la nuit, Kunder s’arrêta enfin, se sentant en sécurité dans les profondeurs de cette forêt où il avait passé son enfance. Il en connaissait chaque parcelle. Elle pouvait sembler hostile voire même dangereuse pour des yeux étrangers mais elle était pour lui aussi accueillante que les bras d’une mère. Elle l’avait naître, elle l’avait vu grandir, elle le verrait aussi sûrement mourir. C’était là son plus grand souhait, si on lui en laissait la possibilité. Il y avait passé les plus belles années de sa vie, celle de cette période d’innocence trop tôt disparues… Il marchait toujours mais plus sereinement. Il se sentait à l’abri, l’éclat de la lune semblant l’inviter à la suivre. Il y était enfin arrivé. C’était son refuge, cet arbre plus que centenaire qui avait accueilli ses joies et ses peines d’enfant sauvage et solitaire… Il avait senti le besoin impérieux de revenir ici, de s’asseoir à nouveau entres ses racines, respirer l’air de cette forêt, de goûter un moment de sérénité. Il prit place comme autrefois au pied de ce vieil arbre toujours aussi robuste. Le parfum entêtant du jasmin de nuit flottait à présent dans l’air. C’était la première fois qu’il venait effleurer ses narines. Enivré, il se laissa envahir par les émotions que ce parfum capiteux faisaient naître en lui. Perdu dans ses pensées, emporté comme dans un autre monde, il en avait oublié les dangers qui le guettait, les hordes d’êtres lancées à sa poursuite pour l’éliminer. Il goûtait un moment de paix et de quiétude intérieur qu’il n’avait jamais savouré auparavant. Quelque chose remua dans sa poche. Il ouvrit les yeux pour la premières fois depuis des heures, la lune, elle, avait poursuivi son ascension. Il ouvrit sa poche et vit une petite fée enveloppée dans son mouchoir. Le même parfum étrange et enivrant envahit ses narines. Cette fragrance envoûtante semblait se dégager d’elle. Il la sortit délicatement de sa poche et la posa dans sa main. Elle était encore assoupie. Il la regardait dormir. Qu’elle était petite, ne pouvait-il s’empêcher de penser. Il l’avait vu, il n’y avait pas si longtemps, presque aussi grande que lui et là, il avait l’impression qu’elle n’était pas plus grande que son pouce… Elle remua. Il pouvaient voir ses petites ailes frissonner sous le morceau de tissu. Il la déposa délicatement, toujours emmaillotée, sur une des racines du vieil arbre et se mit à penser à leur rencontre. Elle lui avait plu tout comme son regard d’abord étonné puis dans lequel il avait pu lire son entêtement, son corps… Il sourit. Un bruit le tira de ses pensées. La petite n’était plus là. Il regarda aux alentours et ne vit personne. Etait-elle partie ? S’était-elle enfuie , cachée ? Lui faisait-il peur ? Il la guettait. Ne la voyant pas revenir, il s’exclama :
- Nous sommes dans la forêt d’Alasgord. A plus de cents lieues de notre point de départ. Si tu veux partir, tu es libre… Mais souviens-toi que ta vie est peut être menacée si l’on t’a vu en ma compagnie.
Un lourd silence régnait autour de lui. Il ferma les yeux. Malgré la sérénité qui semblait se dégager de lui, se cachait en vérité sous cette apparence une grande inquiétude. Elle ne lui faisait pas confiance. Un craquement attira son attention. Il la vit qui avançait vers lui d’un pas d’abord hésitant puis de plus en plus sûr et déterminé. Il admira sa démarche chaloupée. Arrivée près de lui, alors qu’il levait la tête, elle se pencha, plongea ses yeux dans les siens, leur visage était si proche qu’il sentait son souffle sur sa peau, et lui demanda d’une voix où perçaient la curiosité et l’amusement :
- Mais qui es-tu donc pour que je sois en danger ?
Par marypistache
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Dimanche 7 mai 2006


 Chapitre 4 : Une question de confiance…

Qui suis-je ? Cette question, il la ressassait inlassablement. A cette simple demande, il était incapable de répondre. Qui était-il ? Oui, qui était-il pour la mettre en danger ? Qui était-il pour qu’elle accepte de le suivre ? Et pourquoi se sentait-il autant attiré par elle ? Née de cette simple interrogation, une pluie de question se succédait maintenant sans fin. Il secoua légèrement la tête comme pour chasser toutes ces questions.

Zoéliana, qui l’observait, perçut cet imperceptible mouvement et sut qu’elle avait fait mouche. Il paraissait pourtant si serein. Mais, elle savait que sous ce masque d’apparente sérénité, il se cachait. Depuis qu’elle l’avait rencontré, elle avait compris que ce serait ces petits gestes quasiment invisibles semblant anodins qui l’aideraient à le percer à jour, à le comprendre.

Il ne la regardait plus. Les yeux fermés, il semblait réfléchir. Etait-elle suffisamment digne de confiance pour qu’il puisse lui dire son nom ? Voilà ce qu’il devait se dire. Qu’il le veuille ou non, elle avait bien l’intention de le savoir. Il l’avait embarquée dans ses histoires et… se disait-elle en sentant monter en elle une bouffée de colère quand elle se mit soudain à sourire au souvenir de leur première rencontre. Enfin, poursuivit-elle un sourire toujours dessiné sur ses lèvres, elle s’était mise dans le pétrin toute seule…

Il ne put retenir un petit rire qui s'échappa de ses lèvres généreuses. Depuis qu’il avait commencé à méditer sans se soucier aucunement d’elle, elle faisait les cents pas. Au bout d’un certain temps, elle avait finalement décidé de s’appuyer à un arbre juste en face de lui. Les bras croisés sous sa poitrine, un pied appuyé contre l’arbre, son regard se portait encore et toujours vers cet homme environné de mystères. Son père lui répétait sans cesse qu’il fallait se méfier des elfes ténébreux, des mortels, des magiciens, des sorciers… enfin des hommes en général disait-elle souvent pour résumer. Elle leva la tête et regarda le ciel. Elle aussi avait besoin de réfléchir.

Baignant toujours la forêt de sa douce lumière, la lune continuait sa course, inlassable. Le ciel maintenant dégagé laissait apparaître les premières étoiles. Elle décida de contempler ce ciel étoilé comme lorsqu’elle était enfant et qu’elle se trouvait confrontée à un problème qui la dépassait. Le ciel lui apportait toujours une réponse ne serait-ce que cette sensation de quiétude sans nul autre pareil. Laissant son mystérieux compagnon s’oublier dans les méandres de son esprit, elle s’allongea au pied de l’arbre, les yeux perdus dans le ciel scintillant de milles feux qui semblaient jouer avec le feuillage.

Elle lui faisait perdre tous ses moyens. Comment arrivait-elle à faire cela ? Il n’avait peur de personne, il savait garder la tête froide et là, face à elle, il n’arrivait même plus à maîtriser ne serait-ce qu’une infime parcelle de lui même. Il ne laissait certes pas transparaître ses émotions, chose qu’il avait apprise sur le chemin escarpé et semé d’embûches menant vers la liberté ! Savoir se préserver et cacher ses véritables intentions étaient devenus sa seconde nature, des atouts nécessaires pour survivre et se battre. Il avait toujours été seul et mis à part sa mère, aucune femme n’avait eu de place à ses côtés. Il en avait connu, mais n’avait jamais rencontré l’amour, se l’étant toujours interdit. Il ne pouvait pas risquer la vie de quelqu’un d’autre.

Il s’était donc voué corps et âme à la cause. La rébellion existait en partie grâce à lui et à d’autres qui avaient cru en lui. Il était devenu le chef d’un mouvement qu’il avait vu naître et qui avait pour nom : Libertas.

Enfant, il n’aurait jamais pensé que son peuple aurait à revivre une telle situation. Libre, ayant la forêt pour maison, il avait très tôt appris à percer ses secrets, et découvrir ses trésors. Aujourd’hui, elle lui servait de refuge, mais elle était aussi devenue sa prison. Sa liberté était morte comme celle de son peuple, le jour où un tyran avait décidé de les asservir. Traités comme une race inférieure depuis des millénaires, ils en avaient perdu leur identité et avaient accepté leur condition. C’est pour cette raison que face à l’oppresseur, ils n’avaient opposé qu’une faible résistance. Mais pas Kunder. Dès le départ, il s’était révolté tout comme son père qui y avait laissé sa vie. Son père lui avait enseigné l’histoire de leur peuple méprisé, dénigré, rejeté dont pourtant le savoir et la sagesse étaient incommensurables. Il avait appris à aimer son peuple, à le respecter et à vivre selon leur ancienne coutume. Il avait su faire renaître ce lien avec la nature que son peuple avait tissé au fil des siècles, redécouvrir le secret des plantes dont ses ancêtres avaient jalousement conservé le savoir. Peuplade pacifiste, isolée et oubliée de tous, ils se sentaient en sécurité. Jugés juste bons à servir d’esclave, ils avaient donc encore une fois été pris pour cible. Kunder avait pris la tête de la rébellion, suivant les pas de son père. Il avait œuvré en cachette, tenu des réunions secrètes, resserré les liens de la résistance jusqu’à ce qu’on essaie de la démanteler. On l’avait dénoncé. Etant le cœur du mouvement, en l’éliminant, on voulait la tuer. Mais, il avait fait en sorte de faire renaître leurs coutumes, l’amour de leur peuple dans le cœur de ses hommes. Ils étaient eux aussi prêts à donner leur vie pour la liberté de leur peuple et même mort, il savait que le combat continuerait, qu'il y aurait toujours un autre qui prendrait le relais. Voilà qui il était : un être luttant pour la liberté de son peuple, s’oubliant même dans ce combat ; mais elle avait su réveiller en lui des sentiments qu’il avait enterrés, croyant pouvoir les mettre ainsi de côté. Elle avait su à travers cette simple question lui en posait une capitale et existentielle. Il ne savait pas si ses sentiments et si cette confiance qui s’instaurait entre eux allaient les mener quelque part. Mais, il avait appris une chose : on ne lutte pas contre ses sentiments tout comme on ne peut renier qui l’on est. Il ouvrit enfin les yeux et étira ses muscles endoloris. Il ne savait pas combien de temps il avait été absorbé par ses pensées. Ses yeux s’habituant peu à peu à la lumière diaphane de la lune, il l’aperçut enfin allongée sur le sol. Un sentiment de peur l’envahit  tout à coup, il se leva hâtivement et se précipita vers elle. Elle semblait s’être endormie, un sourire flottant sur ses lèvres. Dans la précipitation, il avait posé sa main sur son cœur et une sur son cou. Le contact de ses doigts sur sa peau douce raviva des émotions qu’il essayait en vain de repousser depuis qu'il l'avait rencontrée. Quelle était belle ! ne put-il s’empêcher de penser.  Il la contemplait lorsqu’il sentit une main se poser doucement sur la sienne. Il voulut la retirer mais elle l’en empêcha. Ses yeux, semblant refléter le scintillement des étoiles, brillaient d'un éclat intense. Il la regarda et lui dit d’une voix calme :

- Je suis Kunder. Je cherche à libérer mon peuple du tyran qui nous a réduit en esclavage et qui a décidé de m’éliminer.

Sa voix résonnait de sincérité et malgré l’obscurité et la faible luminosité, elle pouvait lire dans son regard toute sa détermination. Il lui avait fait confiance. A elle de lui dévoiler son identité et de sceller un pacte qui les lierait à jamais.

- Je m’appelle Zoéliana…

Elle s’appelait donc ainsi. Un nom exceptionnel pour une femme tout aussi exceptionnelle. Abandonnant à regret le contact de cette main puissante, elle se hissa à sa hauteur. Assise en tailleur face à lui, les yeux pleins de curiosité, elle ajouta simplement :

- Raconte-moi ton histoire, celle des tiens… Je veux tout savoir du combat que nous allons mener ensemble, si tu veux bien de mon aide.

En entendant ses paroles, un sentiment de bien-être envahit tout son être. Kunder à ce moment précis ne se sentait plus seul. Et pour la première fois depuis des années, il ouvrit son cœur à une autre femme que sa mère. Se sentant en confiance, il lui parla en toute franchise de lui, de ses racines, de son combat. Les rumeurs de la guerre pourtant de plus en plus proche semblaient à cet instant s’être éloignés d'eux. Comme seuls au monde, Kunder et Zoéliana, malgré le danger qui les guettait, goûtaient pour la première fois sans en avoir encore vraiment conscience à la douceur d’un amour naissant...


Par marypistache
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Vendredi 28 juillet 2006

 

Chapitre 6 : Cote à cote

 

Leurs assaillants toujours lancés sur leur trace, ils n’avaient qu’une chance de salut : la fuite. Ils y passaient leur nuit et leur journée. Aucun lieu n’était suffisamment sûr. Ils ne s’autorisaient que quelques heures de répit avant de reprendre leur inexorable fuite. Luttant heure après heure contre la pluie, l’humidité et le froid qui leur glaçaient le corps, leur vie en dépendait désormais. Elle ne tenait plus qu’à leur légère avance qu’ils arrivaient à conserver aux prix d’haltes non faites et d’heures de sommeil volées. La pluie tombait depuis des jours, inlassable, tantôt torrentielle et ils étaient dans l’obligation de trouver un abri de fortune avant la prochaine éclaircie, tantôt en fines gouttelettes qui, à la longue, parvenaient à s’infiltrer à travers leurs vêtements. La plus petite brindille, elle-même, n’était pas épargnée. A cette heure, une pluie fine les suivait semblant accompagner leur pas. Cela faisait des jours qu’ils n’avaient pas vu le soleil dont les rayons ne parvenaient même pas à percer les épais nuages sombres qui obscurcissaient en permanence le ciel. Partageant son manteau, ils étaient à l’abri du moins pour l’instant de cette  pluie insidieuse. Le sol après des jours de pluie était devenu plus qu’instable, se transformant en une mare de boue. Leurs chausses en étaient recouvertes tout comme le bas de leurs vêtements. Chacun de leurs pas s’enfonçant progressivement dans le sol leur demandait un effort supplémentaire pour avancer. A mesure qu’ils s'engageaient de plus en plus dans les terres de l’Intérieur, la végétation semblait toujours aussi dense voir même plus envahissante. Ils devaient éviter les lianes, les racines d’arbres millénaires qui avaient envahi le sol, la végétation touffue. Leur progression était lente mais sûre. Ceux qui les poursuivaient auraient autant de mal à avancer surtout s’ils avaient des montures. Il avait choisi un chemin ardu mais qui le mènerait directement à sa cachette que même son ennemi pourtant redoutable n’avait guère pu localiser. S’ils décidaient de faire le détour et d’éviter la forêt, Kunder et sa compagne gagneraient sur eux deux jours d’avance ou du moins un, ils auraient enfin la possibilité de faire une vraie halte. Mais, il ne préférait pas prendre en compte cette éventualité et continuer à avancer comme s’ils étaient juste derrière eux. La pluie commençait à redoubler d’intensité et le manteau de Kunder, alourdi par la pluie, devenait de plus en plus pesant. Il lui avait proposé maintes fois de la porter mais elle avait refusé. Elle ne souhaitait pas être traitée comme une  petit être sans défense. Elle pouvait marcher et même voler. La vérité était qu’elle ne voulait pas lui avouer que cela lui était maintenant impossible puisqu’elle n’avait plus assez d’énergie pour le faire. N’ayant pu se reposer, ses pouvoirs s’étaient étiolés au fil des jours jusqu’à être réduits au minimum. Si elle rétrécissait, elle ne savait pas si elle pourrait ensuite reprendre une taille humaine. Sous sa petite taille, elle serait moins un fardeau pour lui mais elle voulait pouvoir lui venir en aide si un danger se présentait. Elle n’avait pas le droit de l’abandonner et de se reposer sur lui. Elle lui avait offert son aide et elle ne comptait pas revenir sur sa parole. Elle avait employé un ton sec à chaque fois qu’il le lui avait proposé et il avait vu son regard s’embraser et ses joues s’empourprer. Il avait compris qu’il ne parviendrait pas à la faire changer d’avis. C’était surtout le regard qu’elle lui avait lancé après la quatrième et bien entendu vaine tentative, ses yeux qui semblaient flamboyer de colère, qui avaient mis fin à ses incessantes demandes. Petite femme au caractère bien trempée, elle n’avait pas cillé devant les obstacles qui se présentaient à elle et elle ne s’était même pas plainte de ce qu’il lui faisait endurer, ses longues marches quotidiennes et parfois même nocturnes les jours de pluie. Ses yeux s’étaient habitués et elle parvenait maintenant sans peine à progresser. Elle faisait chaque jour de son mieux pour ne pas paraître encombrante. Elle l’aidait à chercher de la nourriture en se remémorant ce que lui avait enseigner son père, qui lui avait transmis son amour des plantes. Elle parvenait à trouver des écorces comestibles, quelques baies, champignons et fleurs qui s’avéraient comestibles. Ils se servaient d’écorces creuses pour récupérer l’eau de pluie qui leur servaient à s’abreuver. Kunder, lui, s’occupait de trouver un abri pour la nuit et des branches de bois sec que la pluie aurait épargnées. S’il n’en trouvait pas, il cherchait un endroit sec pour se reposer. Ils avaient, malgré son entêtement, rarement du feu. Même si les nuits étaient plutôt fraîches à cause de l’humidité quasi-constante, il arrivait à trouver des zones à l’abri du vent et de la fraîcheur de la nuit. Ils dormaient souvent cote à cote pour se tenir chauds. Il lui offrait son manteau s’il était sec ou le mettait à sécher pour le lendemain.Pour l'instant, son pauvre manteau était tellement trempé qu’il ne les protégeait plus de la pluie. Il était donc urgent de trouver un abri d’autant plus que la nuit se mettait à tomber. Il avait pris la tête de la marche pour lui faciliter le passage et guettait un abri. Il crut apercevoir une sorte de petite grotte creusée à même la pierre dont l’entrée était obstruée par la végétation. Il pressa le pas ce qui eut pour effet de déstabiliser Zoeliana qui réussit tout de même à éviter la chute . Il se retourna pour vérifier qu’elle le suivait toujours et il la vit se rattraper de justesse. Il préféra donc lui laisser la tête pour éviter que dans sa précipitation, il ne la fasse tomber. Elle le remercia et passa devant lui, mais elle n’avait pas vu la racine du vieux chêne plusieurs fois millénaire qui se dressait fièrement hors du sol. Son pied droit la heurta et elle perdit l’équilibre. Il la vit basculer et lâcha le manteau pour se porter à son secours. Un petit cri s’était échappé de ses lèvres. Il eut juste le temps de la retenir par la taille et d’un geste la ramena vers lui. Elle en eut le souffle coupé mais il la tenait toujours contre lui alors qu’elle essayait de reprendre son souffle. Ils recevaient des gouttelettes de pluie, ce qui ne paraissait pas les déranger. Elle ne faisait aucun geste pour se dégager. Son souffle était court mais il sentait sa respiration devenir plus régulière. Elle sentait sa respiration dans ses cheveux et ses bras qui l’enlaçaient toujours fermement comme s’il avait peur qu’elle tombe à nouveau. Il desserra  finalement son étreinte, et ses mains glissèrent le long de ses hanches. Il s’éloigna pour aller récupérer son manteau et se plaça à ses côtés. Leurs mains s’effleurèrent quand il lui passa le manteau. Un frisson la parcourut. Elle mit ce léger tremblement sur le compte de la pluie. Il l’avait vu frissonner et s’empressa de se remettre en route pour aller trouver un abri. Il se dirigea vers la grotte qu’il avait cru apercevoir tout à l’heure. Il essayait de ne plus penser au feu qui s’était emparé de lui quand il l’avait tenue dans ses bras et qui continuait à le réchauffer. Il ne sentait plus la morsure du froid mais savait qu’il était toujours présent. Il lui laissa le manteau et commença à enlever à la main le plus de mauvaises herbes qu’il pouvait. Elle posa le manteau et vint l’aider, à deux ils iraient beaucoup plus vite. Elle aussi ne désirait pas rester inactive, pour ne pas repenser aux sensations agréables qui l’avaient envahie quand il l’avait prise dans ses bras, bien que ce geste ait uniquement été fait pour lui venir en aide, sans nulle autre intention. Il ne recelait aucune marque de tendresse ou d’affection. Elle se faisait des idées. Elle suspendit son geste et le regarda un moment, fort occupé maintenant à l’aide de son coutelas à enlever les dernières branches qui lui barrait l’accès de la grotte. Il se retourna vers elle et perçut son rapide mouvement de tête. Tout comme lui, elle arrachait de ses petites mains fines  les mauvaises herbes. Il lui semblait l’avoir vu rougir. Ne le regardant toujours pas mais sentant son regard sur elle, elle lui laissa la place. Elle n’osait pas le regarder, sentant le rouge lui venir aux joues. Pourquoi rougissait-elle ? Il n’y avait pas de raison. Elle se reprit et le regarda travailler sous une pluie de plus en plus importante. Il avait réussi à se créer un passage pour y pénétrer. L’obscurité qui régnait dans cette excavation naturelle était encore plus sombre que celle qui régnait à l’extérieur. Elle ne voulait pas lui faire courir de risques inutiles. Elle lui demanda d’attendre avant de pénétrer dans la caverne et rassemblant ses dernières forces, elle prononça une incantation. Sous ses yeux, Kunder vit naître une boule de lumière dans le creux des mains de Zoeliana. Elle sentit tout à coup une douce chaleur entre ses mains,ouvrit les yeux et l’aperçut, rayonnante et presque aussi grosse que ses deux mains réunies. Fière d’elle, elle la tendit à Kunder, qui malgré sa première hésitation, tendit les bras pour la recevoir. Il ne fut pas brûlé comme il le craignait d’abord et sentit contre sa paume une chaleur bienfaisante. Il la portait à bout de bras et entra avec précaution dans la grotte. Cette dernière n’était pas très grande, peu profonde et était clairsemée de rochers et de cailloux. Elle pouvait contenir deux trolls de haut et quatre de large. Aucune bête n’y avait élu domicile. Ils pouvaient donc y rester pour la nuit, le temps que le temps soit plus clément. Elle avait mis le manteau sur une pierre en face de la boule pour le réchauffer. Kunder l’avait installé au centre de la pièce et avec l’aide de Zoeliana, il enlevait les petites pierres qui jonchaient le sol. Une fois le nettoyage terminé, ils purent s’installer de part et d’autre du feu improvisé. Il ne dégageait pas beaucoup de chaleur mais la lumière qui se répandait réchauffait les âmes et les cœurs. Ereintés, leurs vêtements humides sur le dos, ils décidèrent de se coucher. Kunder voulait monter la garde un moment pour s'assurer qu’aucun animal ne rôdait dans les environs. Posté près de l’entrée et  après avoir vérifié que le manteau était suffisamment sec, il lui proposa de sortir et de la laisser se dévêtir pour la nuit. Le manteau lui servirait de couverture, lui dormirait à même le sol. Et, avant qu’elle ait pu répondre, il était sorti sous la pluie battante, sûrement à la recherche de victuailles ou de branchages pour le feu. Elle décida de suivre ses conseils avisés. Après avoir mis ses vêtements à la place du manteau sur le rocher et s’être emmitouflée dans le manteau, elle s’assit auprès du feu et attendit son retour. Une bonne heure semblait s’être écoulée avant son retour. Il était trempé jusqu’au os et ramené deux bols improvisés en écorce pleins d’eau et un autre pleins de denrées diverses. Il lui offrit un de des bols et mit l’autre entre eux d’eux. Il en voulut pas se dévêtir en affirmant que ses vêtements sécheraient aussi bien sur lui que sur un rocher. Ils mangèrent en silence, la fatigue se faisant ressentir et s’endormir près de la boule dont l’intensité semblait décroître au fil des heures. Elle s’était assoupie mais fut réveillé dans la nuit par des murmures. Il crut qu’il lui parlait. Elle l’appela mais il ne réagit pas. Il paraissait s’être rendormi. Elle referma les yeux quand il recommença. Elle l’appela de nouveau mais il ne répondit et continua à marmonner. Grâce à la faible lumière qui se dégageait encore de la boule, elle pouvait le voir. Elle se rapprocha de lui et le toucha. Il était brûlant et ses vêtements étaient encore trempés. Elle savait que pour faire tomber la fièvre, il faudrait le rafraîchir et le réchauffer aussi. Elle prit un de ses bas qu’elle alla mouiller sous la pluie qui tambourinait toujours dehors et remplit un bol d’eau de pluie. Elle lui rafraîchit le visage avec ce gant improvisé et le lui posa sur le front. Il délirait toujours. Elle prit la décision, qu’il soit d’accord ou pas, de le déshabiller. Pas question d'être gênée ou autre, il était malade et elle se devait le soigner. Elle réfléchirait plus tard à ce qu'elle lui dirait et à ce qu'elle verrait. Elle enleva délicatement sa chemise puis son pantalon et enfin ses bottes. Elle les mit à la place de ses habits qui étaient plus sec que les siens et  retourna à ses côtés. Elle lui rafraîchit tout le corps mais la fièvre persistait. Elle le fit boire plusieurs fois. Au bout d’un moment, la fièvre sembla baisser. Ce qui la rassura mais son répit fut de courte durée car il grelottait à présent de froid. Après l’avoir fait glisser sur sa robe qui leur servirait de lit, elle s’installa dans son dos et rapprocha ses jambes des siennes puis couvrit leur deux corps du manteau. Elle se colla contre son dos et de ses bras lui enserra la poitrine. Instinctivement, il se rapprocha d’elle. La chaleur de son corps parut le réchauffer. Elle lutta pour ne pas s’assoupir, mais rompue de fatigue, cette dernière eut raison d’elle. Elle s’endormit paisiblement aux côtés de Kunder. De son côté, il avait pris une de ses mains et la tenait tendrement dans les siennes.C’était la première fois qu’elle dormait avec un homme et elle ne trouva pas cela désagréable, eut-elle le temps de se dire avant de fermer les yeux, vaincue par le sommeil. Endormis, ils avaient tous les deux un sourire sur leur visage.

Par marypistache
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Mardi 1 août 2006

 

 

Une petite erreur s'est glissée. J'ai par inadvertence inversé deux chapitres. J'ai publié le Chapitre 6 du Troll et de la Fée : Cote à cote avant le chapitre 5 : "A la poursuite de Kunder", le titre définitif n'ayant pas encore été choisi. Ce chapitre est toujours en cours d'écriture. Quelques modifications et rajouts sont encore à prévoir. Il sera disponible avant la fin de la semaine. Je vous prie de bien vouloir me pardonner cette petite erreur. Une petite faute d'inattention, certes, non pas fâcheuse mais bon, je veillerai à ce que cela ne se reproduise plus.

                                             Marypistache

Par marypistache
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Vendredi 23 mai 2008

Chapitre 5:  Frères ennemis

 
Lancée au triple galop, la petite troupe avançait, dix cavaliers en tout qui chevauchaient depuis des heures. A leur tête, Welfin. Port altier, robuste, il avait été le meilleur ami de Kunder. Cela faisait maintenant dix ans qu’ils se  connaissaient, dix ans d’une amitié fidèle et solide mais qui avait été brisé par lui… Il n’avait pas voulu se soumettre et s’était révolté. Ils n’avaient pu s’accorder sur la position à adopter. Alors que Welfin prêchait l’obéissance et la soumission, Kunder lançait son cri de révolte. Welfin ne voulait pas d’effusion de sang, pas de mort, pas de massacre. Une passation de pouvoir en douceur, voilà ce qu’il souhaitait, puisqu’il n’y avait aucune autre issue. Kunder ne pouvait s’y résoudre. A ses yeux, accepter la réalité aurait été se soumettre encore et renier leur histoire.

Non, son peuple ne vivrait plus sous le joug d’un tyran. Plus de soumission, plus d’esclavage, plus de despote ! Il faisait partie d’un peuple libre et qui le resterait quel que soit le prix à payer! tels étaient les paroles de Kunder. Elles raisonnaient encore dans les oreilles de Welfin, claires et fortes. C’étaient les dernières qu’ils avaient échangées. A travers ces mots, leur destin venait d’être scellé. Ils allaient combattre pour le bien de leur peuple mais non plus côte à côte dorénavant mais bel et bien face à face. Anciens frères de sang désormais adversaires, ils avaient choisi leur camp et étaient prêts à livrer bataille.

Ayant mené les négociations pour qu’il n’y ait aucune effusion de sang, Welfin avait été désigné comme le prote-parole de son peuple. Il avait su acquérir la confiance des siens mais surtout celle du tyran. Non pas que son âme soit aussi noire que la sienne mais parce qu’il ferait tout pour sauver son peuple, lui épargner la moindre souffrance, quitte à devoir trahir son ami de toujours… Il s’était porté volontaire pour le capturer à la seule condition qu’on le ramène vivant et qu’il ne lui soit fait aucun mal. Le tyran savait que si Welfin le décidait, son peuple le suivrait, et que s’il se liguait contre lui aux côtés de Kunder, ils pourraient lui donner du fil à retordre. Déjà que ce Kunder avec ses idées de rébellion commençait à lui poser quelques problèmes, il ne voulait pas se mettre à dos son précieux allié. Il avait accepté les conditions de Welfin. A ses yeux, emprisonner ce parasite serait la meilleure preuve que toute tentative de soulèvement serait vaine et que pas même ce « Libérateur », comme l’avait baptisé la rumeur, qui avait osé se lever contre lui et qui était devenu aux yeux de certains le symbole vivant de la Résistance ne pouvait le vaincre. L’enfermer et l’exposer ainsi à la vue de tous ruineraient tout désir de révolte alors que le tuer, même si l’envie le ronger, serait faire de lui un martyr que d’autres suivraient… et il ne le faudrait pas car cela l’exaspèrerait au plus au point.  Le casser, le détruire, briser sa combativité et toute tentative d’insurrection, voilà ce qui lui plaisait. Dans chaque espèce qu’il avait soumis et exterminé -pour lui il n’était rien d’autre que des races inférieures-, s’étaient trouvés quelques fous pour le défier et des êtres d’exception qu’il considérait, des adversaires parfois même redoutables qui rendaient la conquête plus intéressante. Il s’était amusé et avait pris un malin plaisir à pourchasser et à traquer ses combattants intrépides comme des bêtes avant d’anéantir avec eux l’espoir de tout un peuple ; et Kunder ferait partie de ceux-là.

Même si à travers l’histoire, il est vrai que des êtres que tout le monde croyaient banals se sont révélés dans l’adversité et ont porté sur leurs épaules la foi de tout un peuple jusqu’à remporter la victoire finale, peu avait réussi et Kunder qui ne le savait pas lui-même ferait partie de ces héros.

 



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Jeudi 1 janvier 2009

 

 

Chapitre 7 : Réveil mouvementé


Elle se réveilla en sursaut. Quelle heure était-il ? se demandait Zoéliana. Mais voyant Kunder toujours profondément endormi, les battements de son cœur se ralentirent. Rassurée, elle se détendit appréciant la chaleur qui se dégageait de ce corps étendu à ses côtés. Une douce langueur la prit et elle ferma les yeux mais les ouvrit tout aussi brusquement. Elle se redressa et s’étira. Il ne fallait pas se rendormir tout de suite, trop risqué. La situation dans laquelle elle se trouvait était plus qu’embarrassante et ce à différents niveaux. D’une, c’était une jeune fée de bonne famille. C’était ce qu’elle s’amusait-elle à dire à son père pour l’énerver. De deux, elle n’était ni trop prude ni trop naïve mais elle espérait trouver sa moitié.  De trois, elle ne voulait pas qu’il s’imagine des choses… elle n’avait pas profité de la situation ni de lui. Un sourire espiègle se dessina sur son visage à cette pensée, ni lui. Elle secoua légèrement sa tête. Il n’est plus temps de trouver excuses ou raisons, place à l’action. Ce qu’elle devait faire avant tout, c’était se lever sans le réveiller, récupérer ses vêtements et se rhabiller. Plus facile à dire qu’à faire car il était allongé à moitié dessus. Mais à force de volonté et de doigté, elle parvint à ses fins. A nouveau dans une tenue correcte, elle s’autorisa encore un peu de repos, le soleil n’étant pas encore sorti de sa nuit. Un peu à regret, elle s’éloigna de lui. La chaleur de ce corps qui l’avait tenue chaud une bonne partie de la nuit, lui manquait maintenant qu’elle se trouvait seule de l’autre côté du feu et qu’elle sentait la brise fraîche de la nuit lui caressait ses membres nus.

 

 

Kunder se réveilla à l’aube. Il ne sut pas exactement pourquoi ni comment mais il lui sembla que quelque chose lui manquait, n’était plus à sa place. Il se redressa et vit Zoéliana encore assoupie de l’autre côté de ce feu improvisé. Son visage qu’éclairait doucement le feu était paisible. Elle semblait sereine et sa respiration lente et régulière l’apaisait. En la regardant dormir, il en avait même oublié la situation dans laquelle ils se trouvaient plongés par sa faute. Moment de quiétude dans un tourbillon de dangers. Il se leva et son manteau glissa de ses épaules, il eut le réflexe de le retenir avant qu’il n’atteigne le sol. Il fut étonné de se retrouver totalement nu à l’exception de son manteau qu’il maintenait fermement contre lui. A cette quiétude qui l’avait submergé tout à l’heure, une brusque bouffée de colère l’envahit. Il se dirigea alors d’un pas rapide vers la petite fée et se mit à la secouait en lui hurlant presque dessus tant il ne parvenait plus à contenir ses émotions.

- Où sont mes armes. Où sont-elles ? Qu’en avez-vous fait ?

Après le premier mouvement de colère mêlé d’étonnement, il poursuivit tant bien que mal en essayant de ne pas trop la rudoyer.

- Et pourquoi suis-je nu ? Mais que s’est-il donc passé ?

Zoéliana, réveillée par les hurlements, ne comprenait pas encore ce qu’il se passait. Les yeux encore embués de sommeil , elle ne distinguait pas bien la personne qui se tenait debout devant elle et lui criait dessus.

- Pa…pa, dit-elle d’une voix cassée, en se frottant les yeux.

- Non, ce n’est pas papa. C’est Kunder et je veux savoir ce que vous avez fait de mes armes.

Zoéliana maintenant tout à fait réveillé et trouvant face à elle, un elfe à moitié nu et dans une colère noire, ne savait plus vraiment que dire ou que faire. Les joues empourprées, elle s’était retournée et avait désigné d’un doigt les armes sur un rocher au fond de la grotte.

Il alla les chercher, les déposa près de lui et vint se poster devant elle.

- Vous m’avez désarmé, m’avez laissé sans aucune arme pour me, non, pour nous défendre. Et si on nous avait attaqués ? Etes vous consciente du danger que nous encourrons ? En êtes-vous réellement consciente ou êtes vous trop stupide ?  Vous êtes certainement trop jeune et trop naïve pour le comprendre.

- Trop jeune, trop naïve, stupide ! explosa-t-elle, se relevant pour lui faire face. Mais pour qui se prenait-il, lui hurlait sa voix intérieure.

- Vous en avez pourtant bien l’air, rétorqua-t-il avec un regard plein de hargne.

- J’ai pris soin de vous tout la nuit et voilà ce à quoi j’ai droit !Vous voulez que je dise. J’aurais dû vous laisse mourir ! finit-elle en  hurlant à son tour

- Mais, je n’en serais pas mort. C’était juste un coup de froid.

- Vous avez violé mon intimité, reprit-il de plus belle après un bref silence.

- Non, j’ai pris soin de vous, riposta-t-elle. .Mais pourquoi êtes-vous si en colère ? Ce n’est pas la première fois que vous vous retrouvez nu devant une femme !!

- Et pourtant c’était tout comme, se dit-il quelque peu déboussolé.  Il s’était senti si vulnérable devant ce petit bout de femme que cela qui l’avait mis hors de lui. Elle l’avait vu sans ses armes, sans son armure, dans toute sa faiblesse. Elle l’avait vu lui, Kunder, ayant besoin d’elle. Sa colère n’était pas dirigée contre elle mais contre lui-même. Elle était sous sa responsabilité et pas l’inverse. C’était à lui de s’occuper d’elle et il se devait de rester vigilant. Et en plus d’avoir faibli, il avait perdu tous ses moyens face à elle.  Mais, qu’ai-je fait ? qu’ai-je dit ? ne put-il s’empêcher de penser.

Zoéliana continuait de son côté à se justifier, à s’expliquer.

- Vous étiez malade, vos vêtement étaient trempés et vous étiez brûlant de fièvre. Le feu ne parvenait pas à vous réchauffer et je n’avais plus assez de force pour créer une nouvelle boule de feu suffisamment puissante pour vous réchauffer. Je ne pouvais pas vous laisser dans cet état, parvient-elle à dire d’une traite pour ne pas lui laisser le temps de l’interrompre. Elle conclut par un faible Pardonnez-moi s’il vous…

Elle n’eut pas le temps de terminer sa phrase que deux bras puissants la serrèrent . Elle se retrouvait maintenant contre lui. Elle n’osait pas le regarder. Il lui souleva délicatement le menton. Apeurée et gênée, elle ne résista pas et la gratitude qu’elle lut dans son regard la rassura. Elle se détentit

- Merci pour votre sollicitude et votre gentillesse. Ca me touche beaucoup.

Puis sans rien dire, il prit ses vêtement et sortit s’habiller. Rentrant à nouveau dans la grotte, il ajouta :

- Il faut se dépêcher et rattraper le temps perdu. Les hommes lancés à notre poursuite ne doivent pas être bien loin. Nous sommes encore à plusieurs  jours si ce n’est à plusieurs semaines de marche de notre destination.

Désarçonnée, elle le regarda simplement faire. Comment pouvait-il passer d’un tel accès de fureur à un tel élan de gentillesse, s’interrogeait-elle. 

Il passa près d’elle, toujours immobile, et joua avec une de ses mèches avant de récupérer ses armes et de s’en revêtir. A ce moment-là, Zoéliana se dit qu’elle aurait bien du mal à le comprendre et que les elfes étaient des créatures au tempérament de feu, lunatique et bien mystérieux.

 

 

Par marypistache
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Jeudi 1 janvier 2009
Quelques problèmes de mise en pages... Veuillez m'en excuser.
J'espère que ce 1er janvier a vu naître de bonnes résolutions et que vous arriverez à les tenir. Pour ma part, ma liste n'est pas encore arrêtée et elle est longue... Rires! J'espère pouvoir tenir toutes mes résolutions!
Bonne année à tous!
Par marypistache
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Lundi 1 juin 2009

 

 

Chapitre 8 : Une révélation entraînant une autre…


Cela faisait des heures maintenant qu’ils marchaient. Kunder  la précédait  et elle le suivait en essayant de garder un rythme de marche constant car elle savait qu’il ralentissait volontairement  pour lui permettre de suivre et ainsi de ne pas se fatiguer trop rapidement. De son côté, depuis la nuit dernière, quelque chose turlupinait  Zoéliana ; une chose qu’il avait dite durant son délire et à laquelle elle ne cessait de penser depuis lors. Elle décida qu’il était temps d’en parler afin d’apaiser sa curiosité et ce sentiment d’insécurité qui l’avait envahie  depuis la nuit dernière.

     -  Euh… balbutia la petite fée hésitante. J’ai quelque chose à vous demander … Mais surtout ne vous fâchez pas , lâcha-t-elle finalement.

Il ne broncha pas et acquiesça simplement d’un mouvement de tête poursuivant son chemin. Ayant eu sans grande difficulté son consentement et même si l’intimité de la nuit précédente semblait se dissiper, elle décida de se lancer et poursuivit :

     -  Vous déliriez pendant votre sommeil et vous ne cessiez de répéter  un mot… quelque chose comme Wol ou Wel … un nom, je crois…,Wolvin, Welvin, Welfon… Arfffff, pouffa-t-elle d’énervement, je n’arrive pas à m’en souvenir.

     -  …Fin, acheva-t-il. Welfin, reprit-il martelant chacune des syllabes.

     -  Oui, c’est bien ça : Welfin, répéta-t-elle victorieuse et ne s’étant pas aperçue de son arrêt, elle enchaîna  sans réfléchir à ce qu’elle disait  « et d’autre chose comme ne m’abandonne pas …. »

Réalisant tout à coup la teneur de ses propos et son audace, elle s’arrêta. Elle vit alors qu’il s’était également immobilisé. Ne sachant plus où se mettre et face au silence qui devenait à chaque seconde plus pesant,  elle ajouta sur un ton d’excuse et de gêne presque larmoyant :

     -  Je sais que c’est très personnel, je m’en excuse. Je… je ne voulais pas faire resurgir de mauvais souvenirs ou quelque chose qui vous blesserait, pardonnez-moi…  parvint-elle à dire en balbutiant quelque peu. Mais je pensais que c’était aussi quelque chose d’important et qu’il fallait que je vous en parle, conclut-elle rapidement .

    -  Oui, c’est très personnel ; et je n’ai pas très envie d’en parler maintenant . De plus,  je n’aime pas en parler…. asséna-t-il d’une voix claire et forte où elle perçut tout de même une brèche qu’il essayait tant bien que mal à dissimuler.

 Un long silence suivi cette déclaration. Il ne lui faisait toujours pas face et elle n’osait même plus affronter son dos, cette stature qu’elle trouvait à ce moment précis tout aussi imposante que sa voix. Elle fixait le sol et ses pieds, inquiète. Semblant sortir de sa torpeur et bien que son corps lui semblait tout à coup pesant et maladroit, l’elfe se tourna finalement vers  la petite fée qui lui parut  à cet instant bien jeune et bien loin de ses préoccupations et des blessures que la vie lui avaient déjà affligées alors qu’il n’était pas vraiment beaucoup plus vieux qu’elle. Il s’adressa à elle en hachurant quelque peu ses propos tellement ce qu’il lui disait paraissait lui peser sur le cœur :

     -  Mais, je vous dois bien une explication après ce que vous avez fait pour moi. Je ne vous en ai pas parlé parce que j’avais  rayé son nom de ma vie… Welfin … cet homme… cet homme  était comme mon frère….  Malheureusement, nos routes se sont séparées. Nous avons fait des choix différents : il n’a pas voulu me suivre ni m’aider dans ma lutte et a préféré pactiser avec l’ennemi  « pour le bien des nôtres,» avait-il dit. J’ai bien peur qu’il ne soit aux côtés de ce monstre et pire  qu’il ne soit sous ses ordres alors que ce dernier ne cherche qu’à asservir notre peuple… Peut-être même… qu’il  est mort… acheva-t-il presque dans un murmure. Sa voix, tout son être exprimait une profonde souffrance.

     -  J’en suis désolée… trouva-t-elle seulement à dire.

     -  Non, ce n’est rien. C’est la vie ! se reprit-il. On ne peut obliger personne à faire les mêmes choix que vous,  aussi proche soit-il.

Cette réflexion faite, il changea radicalement de sujet en se remettant en marche :

     -  Il faut accélérer le pas, dit-il. Elle ne put s’empêcher de sourire à la pensée que tant qu’ils ne seraient pas arriver à destination, il ne cesserait de répéter cette phrase encore et encore. Il faut vous mettre en lieu sûr. Je ne veux pas qu’il vous arrive quelque chose. Il faut aussi rattraper le retard de cette nuit. Les hommes qui sont à notre poursuite ne doivent pas être bien loin, je le sens. Ce sont des chasseurs et de très bons pisteurs . Ils nous retrouveront à un moment donné et je préfèrerais à ce moment-là être seul.  Nous sommes encore à plusieurs jours de notre destination  et ….

Le sourire fugace qu’avait eu de Zoéliana s’était vite dissipé et n’avait pas effacé cette boule qu’elle avait toujours au creux de l’estomac. Habituée à ce qu’il se répète et à ce qu’il planifie leur journée et soit aussi direct que réaliste sur les dangers qu’ils encouraient, elle ne l’écoutait que d’une oreille et ne l’interrompait plus même si elle n’était pas d’accord avec ce qu’il disait. Elle savait qu’elle ne l’abandonnerait pas et qu’elle irait jusqu’au bout , qu’elle l’aiderait quitte à devenir une monnaie d’échange, à pousser son père et les siens à réagir. Elle ne lui en avait pas encore touché  mot et ne comptait pas le faire, le sachant aussi buté qu’elle. Ce qu’il ignorait c’est qu’avant de le rencontrer, elle ne savait rien de la vie qui l’entourait. Elle avait vécu comme dans une bulle coupée de tout, de la vie en général avec ses peurs, ses échecs, ses déceptions, ses peines et ses malheurs. Elle ne savait rien de ces guerres et de ces tyrans, de ces peuples luttant pour leur avenir. Elle,  qui s’amusait à longueur de temps, flânait, s’était trouvée un but, une destinée, un rêve aussi. Celui de Kunder, celui de libérer son peuple… Mais à cet instant , elle ne l’écoutait plus du tout, elle ne pouvait même plus réfléchir paisiblement car une autre interrogation l’empêchait d’être sereine.

     -  Quelqu’un d’autre sait-il où nous allons ? osa-t-elle demander l’interrompant. Elle ne remettait pas en doute ses choix et ses qualités de combattant et de guerrier. Il l’avait protégée jusque là et elle avait confiance en lui. Mais au vue de ses dernières révélations, la destination vers laquelle ils se dirigeaient était-elle réellement sûre . Cela, elle était certaine, elle était en droit de le demander.

     -  Il n’y a que peu de personne qui le savent et ceux qui sont au courant sont des personnes  de confiance qui donneraient leur vie pour me sauver.

     -  Et Welfin en faisait partie ? hasarda-t-elle . Elle n’avait plus rien à perdre. Son bien le plus précieux à ce jour, et elle ne l’avait que trop compris, était sa propre vie

     -  Non, il ne la connaît pas. Seuls trois personnes la connaissaient : mon père qui est mort, moi et enfin mon bras droit au village, Elédia, celle à qui je confierais ma vie, les yeux fermés.

Elédia ? Mais qui était-elle donc, cette Elédia à qui Kunder faisait entièrement  au point de lui confier sa vie ? Serait-elle… et elle n’eut pas le courage de continuer. Face à cette réponse plus qu’énigmatique à ses yeux qui soulevait bien plus d’interrogations et de doutes que de sereines pensées, notre petite fée perdue à nouveau dans ses réflexions, se tut et marchant silencieusement derrière Kunder se demanda encore une fois pourquoi  à l’évocation de ces noms, une boule d’angoisse s’était formée au creux de son ventre et qu’elle sentait la menace de plus en plus présente et  se rapprocher dangereusement d’eux.

Par marypistache
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