Chapitre 3 : La forêt d’Alasgord
Ayant marché une partie du jour et de la nuit, Kunder s’arrêta enfin, se sentant en sécurité dans les profondeurs de cette forêt où il avait passé son enfance. Il en connaissait chaque parcelle. Elle pouvait sembler hostile voire même dangereuse pour des yeux étrangers mais elle était pour lui aussi accueillante que les bras d’une mère. Elle l’avait naître, elle l’avait vu grandir, elle le verrait aussi sûrement mourir. C’était là son plus grand souhait, si on lui en laissait la possibilité. Il y avait passé les plus belles années de sa vie, celle de cette période d’innocence trop tôt disparues… Il marchait toujours mais plus sereinement. Il se sentait à l’abri, l’éclat de la lune semblant l’inviter à la suivre. Il y était enfin arrivé. C’était son refuge, cet arbre plus que centenaire qui avait accueilli ses joies et ses peines d’enfant sauvage et solitaire… Il avait senti le besoin impérieux de revenir ici, de s’asseoir à nouveau entres ses racines, respirer l’air de cette forêt, de goûter un moment de sérénité. Il prit place comme autrefois au pied de ce vieil arbre toujours aussi robuste. Le parfum entêtant du jasmin de nuit flottait à présent dans l’air. C’était la première fois qu’il venait effleurer ses narines. Enivré, il se laissa envahir par les émotions que ce parfum capiteux faisaient naître en lui. Perdu dans ses pensées, emporté comme dans un autre monde, il en avait oublié les dangers qui le guettait, les hordes d’êtres lancées à sa poursuite pour l’éliminer. Il goûtait un moment de paix et de quiétude intérieur qu’il n’avait jamais savouré auparavant. Quelque chose remua dans sa poche. Il ouvrit les yeux pour la premières fois depuis des heures, la lune, elle, avait poursuivi son ascension. Il ouvrit sa poche et vit une petite fée enveloppée dans son mouchoir. Le même parfum étrange et enivrant envahit ses narines. Cette fragrance envoûtante semblait se dégager d’elle. Il la sortit délicatement de sa poche et la posa dans sa main. Elle était encore assoupie. Il la regardait dormir. Qu’elle était petite, ne pouvait-il s’empêcher de penser. Il l’avait vu, il n’y avait pas si longtemps, presque aussi grande que lui et là, il avait l’impression qu’elle n’était pas plus grande que son pouce… Elle remua. Il pouvaient voir ses petites ailes frissonner sous le morceau de tissu. Il la déposa délicatement, toujours emmaillotée, sur une des racines du vieil arbre et se mit à penser à leur rencontre. Elle lui avait plu tout comme son regard d’abord étonné puis dans lequel il avait pu lire son entêtement, son corps… Il sourit. Un bruit le tira de ses pensées. La petite n’était plus là. Il regarda aux alentours et ne vit personne. Etait-elle partie ? S’était-elle enfuie , cachée ? Lui faisait-il peur ? Il la guettait. Ne la voyant pas revenir, il s’exclama :
- Nous sommes dans la forêt d’Alasgord. A plus de cents lieues de notre point de départ. Si tu veux partir, tu es libre… Mais souviens-toi que ta vie est peut être menacée si l’on t’a vu en ma compagnie.
Un lourd silence régnait autour de lui. Il ferma les yeux. Malgré la sérénité qui semblait se dégager de lui, se cachait en vérité sous cette apparence une grande inquiétude. Elle ne lui faisait pas confiance. Un craquement attira son attention. Il la vit qui avançait vers lui d’un pas d’abord hésitant puis de plus en plus sûr et déterminé. Il admira sa démarche chaloupée. Arrivée près de lui, alors qu’il levait la tête, elle se pencha, plongea ses yeux dans les siens, leur visage était si proche qu’il sentait son souffle sur sa peau, et lui demanda d’une voix où perçaient la curiosité et l’amusement :
- Mais qui es-tu donc pour que je sois en danger ?