Chapitre 33: La Prêtresse Elfinaë

Que faisait-elle à l’aube dans la forêt maudite? ne cessait-elle de se demander tandis qu’elle se frayait tant bien que mal un chemin à travers cette forêt silencieuse où même les premiers rayons du soleil avaient du mal à percer. Enveloppée de brume, elle sentait l’air humide la transpercer de toutes parts, ses habits n’étant que de bien piètres remparts contre le froid engourdissant. Avec le vain espoir de se réchauffer un peu, elle soufflait de temps en temps dans le creux de ses mains, qui restaient désespérément glacées. Elle resserra contre son corps svelte l’étoffe qui lui servait de manteau, geste inutile, qui lui procura néanmoins une sensation de chaleur. La jeune femme avançait péniblement dans cette dense forêt que les pieds de l’homme n’osaient fouler. Cela faisait des heures qu’elle marchait et elle sentait ses forces peu à peu l’abandonner. Le découragement la gagnait mais elle ne baisserait pas les bras. La Grande Prêtresse lui avait confié une mission et elle se devait de l’accomplir. Il avait été choisi par la Déesse et elle, prêtresse d’Artésia, devait veiller sur lui, l’Elu. Sa conversation avec la Grande Prêtresse lui revint en mémoire…
Elle était assise sur un banc et contemplait avec délectation le paysage qui s’offrait à elle, ces montagnes, ces plaines, l’océan au loin… Une telle sérénité se dégageait de ce lieu qu’il imprégnait quiconque venait s’y recueillir. Elle était tellement captivée par ce qu’elle voyait qu’elle n’avait ni vu ni entendu la Grande Prêtresse arriver et prendre place à ses côtés. Le profil délicat de la jeune fille se découpait dans la lumière tombante du crépuscule. La Grande Prêtresse regarda avec tendresse cette jeune fille d’à peine dix-sept qu’elle avait élevée et aimée comme sa fille et qui aujourd’hui allait devoir accomplir ce pour quoi elle était venue sur terre. Elles restèrent ainsi un long moment avant que le Grande Prêtresse ne daigne prendre la parole :
- Elfinaë, le jour est arrivée de te dévoiler une partie de ton histoire, dit-elle de sa voix grave où perçait toujours quand elle parlait à sa petite protégée une once de tendresse qu’elle ne parvenait pas à retenir.
- A venir et passée, murmura Elfinaë pensive, toujours absorbée par le panorama.
Elle savait que les Grandes Prêtresses avait un don de seconde vue.
- Oui, Elfinaë, avenir et passé, reprit la Grande Prêtresse. Mais, toi seule, trouveras la réponse à tes questions…
La Grande Prêtresse marqua un silence. Elfinaë soupira, elle en avait tant.
- Toi seule, trouveras la voie qui te mènera à ta destinée… finit-elle par ajouter.
Elfinaë sourit. Sa destinée, elle était déjà toute tracée depuis le jour de sa naissance.
- Tu as été choisie par la Déesse Artésia… furent les dernières paroles qu’elle entendit alors que son esprit se perdait en conjectures diverses.
Oui, elle le savait. On lui avait tant de fois raconté cette histoire. Nourrisson, elle avait été retrouvée dans le temple d’Artésia, délicatement emmaillotée dans les bras de la déesse. Comment était-elle arrivée là ? Personne ne pouvait le dire. Mais, les prêtresses y avait vu là un signe et l’avait éduquée dans l’amour de la déesse. Depuis sa plus tendre enfance, elle avait appris à respecter et à vénérer les Dieux, particulièrement la Déesse Artésia, pour qui elle avait très tôt éprouvé une vive attirance. Mais, la personne à laquelle elle tenait le plus au monde était la Grande Prêtresse, qui sous des dessous austères cachait une montagne de tendresse et d’amour. Elfinaë l’avait choisie pour mère. Elle l’avait même réclamé même à corps et à cris, cette femme pourtant austère pour qui l’enfant éprouvait déjà un vif attachement. Elfinaë, même enfant, avait senti que cette femme l’aimait bien plus qu’elle ne voulait le laisser transparaître. C’était pour cette raison qu’elle ne l’avait plus quittée plus une fois qu’elle avait été en âge de marcher.. Si bien qu’il n’était pas étonnant de trouver à sa suite, Elfinaë pas plus haute que trois pommes, qui marchait à ses côtés sans un bruit et buvait chacun de ses gestes du regard. Elle avait déjà décidé à cette époque qu’elle deviendrait à son tour Grande Prêtresse. Elle aimait cette femme et la respectait comme sa propre mère. C’est pour cela qu’elle n’avait pas hésité à pénétrer dans la forêt maudite. Elle se devait de trouver l’Elu et de le protéger, même s’il refusait son aide. Elle se devait d’être à ses côtés car c’était là sa mission.
La lumière parvenait maintenant à pénétrer à les épais feuillages. Elle pouvait encore à peine distinguer les contours des troncs mais continuait à avancer en tâtonnant. Elle ne l’avait pas encore aperçu mais lui ne voyait qu’elle. Remis de sa surprise, il l’observait du coin de l’œil.
Dans cette brume matinale, elle ne ressemblait pas à un fantôme, loin de là mais plutôt à une apparition céleste. Ses longs cheveux d’un blond tendre accompagnaient avec douceur chacun de ses mouvements. Enroulée dans son manteau de fortune, elle semblait exténuée. Il voyait dans ses gestes qu’elle avait présumé de ses forces. Il décida d’aller l’aider. Il ne savait pas s’il devait éprouver un profond respect pour cette jeune femme pour avoir oser s’aventurer dans cette forêt maudite ou s’il devait lui reprocher son inconscience. Ne sachant que penser et levant les yeux au ciel, il sourit et il s’avança d’un pas agile vers elle. Il était accoutumé à cette forêt et à la pénombre qui y régnait. Néanmoins, il ne savait pas comment l’aborder sans l’effrayer. Il n’eut même pas le temps d’y réfléchir qu’il sentit une main sur son torse. Etonnée de cet obstacle soudain que ses mains n’avaient l’instant d’avant pas su déceler, elle la retira précipitamment. Ce n’était pas un arbre qu’elle avait touché… La texture n’était pas rugueuse mais plutôt douce, c’était du tissu, elle en était certaine. Quelqu’un devait se tenir en face d’elle. Un frisson la parcourut. Il l’observait, toujours calme et perçut son léger tremblement. Ses longs cheveux lui caressaient le visage, portés par une douce brise. Quand elle posa enfin ses yeux sur lui, il découvrit deux magnifiques yeux bleus clairs qui le regardaient sans nulle crainte mais plutôt avec tendresse. C’était le genre de regard qui arrivait à vous apaiser quelque soit la situation ou le problème. Elle avait levé la tête pour être sure de capter son regard. Sentant ses forces l’abandonner, elle bascula vers l’inconnu. Réunissant ses dernières forces, elle parvint à murmurer :
- C’est vous… Eliocos ?
- Oui, c’est bien moi, répondit-il, la retenant pour l’empêcher de tomber.
Elle l’avait enfin trouvé, enfin. Elle pouvait maintenant se reposer un peu, mais pas avant de lui avoir dit qui elle était, expliquer pourquoi elle était ici.
- Je suis …
Et sa phrase mourut sur ses lèvres. Il fallait qu’il sache qui elle était. Il ne devait pas partir sans elle. Dans un ultime effort, elle parvint à lui dire dans un souffle avant de s’évanouir dans ses bras :
- … Artésia.