Chapitre 35 : Dreanwan
Dreanwan les suivait maintenant patiemment sans poser de question. Il s’était réveillé quelques heures plutôt et avait reconnu les traits de son sauveur et celui du vieil homme qui s’était occupé de lui pendant son rétablissement. Ils lui dirent qu’il avait eu de la chance et qu’il avait dormi plusieurs jours, qu’il l’avait soigné et qu’il était maintenant pratiquement remis de ses blessures. Il se rappela de l’émotion du vieil homme quand ce dernier lui montra la photo de sa mère. Encore sonné, sous le coup de sa randonnée qui aurait pu lui être fatale, le jeune homme n’avait pas bronché, ne leur avait pas reproché leur curiosité et avait simplement prononcé le nom de sa mère, Alicia. Le vieil homme avait alors posé la photographie de face à ce qu’il puisse l’avoir et l’avait ensuite simplement pris dans ses bras avant de s’éloigner tremblant d’émotion. Le jeune ne comprit pas sur le moment ce qu’il se passait mais il sut que quelque chose relevant de plus que de la compassion venait de se produire et que ce n’était pas le fruit du hasard. C’était déjà un miracle qu’il soit tombé sur l’ homme au dragon et qu’il soit en vie. Il se leva à son tour, aidé du dragonnier, bien que cela lui paraisse impossible, même si ce dernier avait bien posé sur son épaule un dragon en chair et en os. Ne sachant plus vraiment s’il délirait sous le coup d’une drogue que le vieil homme lui avait administré ou simplement parce qu’il était encore en état de choc, il ne dit rien et se rapprocha de son soigneur qui avait selon ses souvenirs d’enfance pas si vieux l’allure d’un sorcier de conte de fée avec sa barbe blanche et son espèce de tunique à la médiévale… Il ne s’attarda pas sur ces détails et revint à ce qui l’importait.
- Connaissez-vous ma mère ? et comment connaissez-vous ma mère ? demanda le jeune avec un regard inquisiteur. Dreanwan n’arrivait pas à comprendre comment cet homme sorti tout droit d’une histoire pour enfant pouvait avoir connu sa mère.
Honorius savait depuis qu’il avait reconnu son plus que probable enfant que des questions en quête de réponses allaient être posées et que ce serait à lui de le faire même s’il ne les possédait pas toutes.
- J’ai très bien connu ta mère, se décida-t-il à dire. Nous étions très proches à l’époque.
- Elle m’a dit que l’homme sur cette photo à ses côtés était mon père…. Il fixait toujours le vieil homme qui lui offrait son profil les yeux perdus dans les flammes dansantes de l’âtre. Il ne put s’empêcher de le comparer à la photographie ternie par les ans et les manipulations d’un jeune homme à la recherche de son père. Il ne se ressemblait pas était la première pensée qui lui vint à l’esprit. Il était trop vieux. Il n’avait ni la prestance, ni l’allure de l’homme sur la photo, souriant et heureux. Il avait en face de lui, un homme usé par les années et qu’aucune joie ne semblait habité.
- Je ne suis pas celui que tu espérais…
Surpris, le jeune homme leva ses yeux de la photographie et se trouva plongé dans un regard bleu acier perçant et vif. Il les reconnut tout de suite. Il avait les mêmes. Cette même teinte bleutée, cette même intensité. Sa mère lui rappelait toujours qu’il avait le même regard que son père et c’était le même que sur la photo, la joie en moins. Il ne sut que dire ni comment réagir. Il ne pouvait expliquer comment le temps l’avait usé pour ne pas dire diminué mais il sut que l’homme de la photo se tenait devant lui et lui faisait face, que c’était cet homme qu’il cherchait et attendait depuis des années. Il savait qu’il avait enfin trouvé son père et que cette rencontre allait changer à jamais leur vie, leur rendre ce passé qu’ils n’avaient jamais eu et écrire enfin à deux cette histoire qui leur avait été enlevé. Face à Dreanwan, ne se trouvait plus un vieillard mais bel et bien un père robuste dans la pleine force de l’âge qui regardait avec fierté et bonheur son fils et face à Honorius, se tenait un jeune homme vigoureux dont le regard, si semblable au sien exprimait une joie et une reconnaissance sans borne tant le cadeau qui venait de lui être fait était exceptionnel.